Le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie a publié en juin 2026 la nouvelle édition de son Atlas des soins palliatifs et de la fin de vie, avec un état des lieux chiffré de l'offre nationale : lits dédiés, équipes mobiles, hospitalisation à domicile, implication des médecins généralistes. Plusieurs de ces données éclairent directement l'organisation de la fin de vie en EHPAD et l'articulation du médecin coordonnateur avec les équipes mobiles de soins palliatifs et l'hospitalisation à domicile. Elles permettent de resituer, chiffres à l'appui, ce qui relève déjà des pratiques courantes et ce qui reste à consolider dans l'établissement.
Une photographie nationale de l'offre en soins palliatifs
Publié en juin 2026, l'Atlas des soins palliatifs et de la fin de vie du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV) dresse un état des lieux chiffré de l'offre nationale. La France comptait 180 USP totalisant 2 128 lits et 6 538 lits identifiés de soins palliatifs, soit au total 8 666 lits dédiés en 2025 (soit une densité de 12,5 lits pour 100 000 habitants). Côté équipes mobiles, la France compte 438 EMSP, qui couvrent désormais l'intégralité du territoire, avec 198 904 interventions réalisées en 2023. La médecine de ville n'est pas en reste : 90 000 visites longues soins palliatifs ont été réalisées par des médecins généralistes en 2025, et 70 000 patients ont bénéficié de soins palliatifs en hospitalisation à domicile (HAD).
Pour l'EHPAD, un chiffre retient particulièrement l'attention du médecin coordonnateur : 6 071 EHPAD sont conventionnés avec une EMSP pour un accompagnement renforcé. Ce conventionnement conditionne largement la capacité de l'établissement à mobiliser une expertise palliative en dehors des ressources internes, un enjeu qui recoupe directement les missions de coordination confiées au médecin coordonnateur.
La fin de vie en EHPAD, une réalité que les chiffres confirment
L'Atlas rappelle le poids démographique des EHPAD dans la prise en charge de la fin de vie. En 2023, 573 057 personnes résidaient en EHPAD, soit 0,8 % de la population générale, et 25,5 % de la population âgée de 90 ans résidaient en EHPAD. La même année, 168 519 résidents sont décédés, soit 26 % de l'ensemble des décès. Parmi eux, 82 % sont réellement décédés au sein d'un EHPAD (avec éventuellement une prise en charge par l'HAD) ; 18 % lors d'une hospitalisation, et 35 % des résidents décédés avaient une maladie neuro-dégénérative.
Ces proportions replacent l'EHPAD au centre de la fin de vie plutôt qu'à sa périphérie : la grande majorité des décès y survient directement, ce qui engage l'organisation interne bien au-delà du seul lien avec l'hôpital. Le sujet croise directement les protocoles de prise en charge des situations gériatriques à risque mis en place au sein de l'établissement.
Prescriptions anticipées et directives anticipées : des pratiques déjà répandues
Sur le terrain de l'anticipation, l'Atlas montre que 76 % des EHPAD mettent en place des prescriptions anticipées personnalisées et que 94 % des établissements informent les résidents sur la possibilité d'être accompagnés pour rédiger leurs directives anticipées. Au niveau national, Près de 450 000 directives anticipées déposées au 28/02/2026, soit + 153 000 par rapport à 2024. Ce mouvement s'accompagne d'un rôle bien identifié dans l'accompagnement : La personne de confiance représente le patient pour ses décisions médicales si un jour il n'est plus en mesure de s'exprimer.
Ces deux indicateurs, prescriptions anticipées et directives anticipées, touchent directement à des questions qui relèvent du projet de soins du résident dès son arrivée, un terrain qui recoupe les questions éthiques posées dès l'admission du résident.
HAD et évaluations anticipées : des leviers de coordination avec l'EHPAD
Au-delà des chiffres bruts de l'HAD nationale, l'Atlas détaille la place de l'hospitalisation à domicile en EHPAD. En 2024, 31 532 résidents ont bénéficié d'une prise en charge par un établissement d'HAD en EHPAD. Toujours sur cette période : Plus de 21 076 résidents sont décédés lors d'une prise en charge par des établissements d'HAD en EHPAD. Un autre dispositif progresse en parallèle, celui des évaluations anticipées : 9 308 évaluations anticipées conduites au sein de 183 établissements en 2024. Ces évaluations répondent à un objectif précis, tel que le formule l'Atlas : « Conçues pour des résidents d'EHPAD dont l'état de santé est susceptible de se dégrader à courte échéance et qui ont émis le souhait de ne pas être transférés à l'hôpital ou pour lesquels les équipes de soins ont posé la conduite à tenir après discussion collégiale ».
L'équipe mobile de soins palliatifs, de son côté, participe à la procédure collégiale pluriprofessionnelle, toujours nécessaire dans ces situations ultimes et obligatoire quand le patient est hors d'état d'exprimer sa volonté, pour aider le médecin en charge du patient à prendre la décision de limiter ou d'arrêter les traitements. Sur le plan médicamenteux : En décembre 2021, un arrêté autorise la prescription du midazolam injectable par les médecins généralistes et il devient accessible en pharmacie de ville pour deux indications thérapeutiques : la sédation palliative proportionnée et la sédation profonde et continue jusqu'au décès. Cela élargit les options disponibles pour le médecin traitant intervenant en établissement. Ces dispositifs d'articulation ont aussi une traduction organisationnelle pour l'établissement, un point qui rejoint les enjeux de financement et de tarification de l'EHPAD liés aux conventions passées avec les structures de soins palliatifs.
Ce que la HAS attend du médecin coordonnateur en matière de fin de vie
La HAS a formalisé, dans sa recommandation dédiée à l'accompagnement de la fin de vie des personnes âgées en EHPAD, un partage clair des responsabilités. Elle recommande que, sous la responsabilité du médecin coordonnateur (MEDEC), préciser les possibilités d'accompagnement de l'Ehpad, ainsi que ses limites, soit posé en amont de toute situation de fin de vie. Elle précise également que l'équipe de l'Ehpad, sous la responsabilité du médecin coordonnateur, articule la prise en charge des soins avec le médecin traitant. Sur les directives anticipées, la HAS indique que c'est le médecin coordonnateur, à partir du DLU 2015, qui explicite et définit les directives anticipées avec le résident.
La HAS pointe aussi un frein organisationnel : Le sentiment du manque de légitimité des équipes des Ehpad peut entraîner une implication moindre des principaux acteurs (directeur d'Ehpad, médecin coordonnateur) alors que c'est la condition principale de réussite. Ce constat replace la légitimité clinique du médecin coordonnateur au cœur du dispositif, un sujet directement lié aux contours du rôle de coordination en EHPAD.
Formation en soins palliatifs : un constat ancien à ne pas confondre avec l'état actuel
Un chiffre plus ancien continue de circuler sur la formation des médecins coordonnateurs. Relayé en 2021 par la SFAP à partir de données de l'Observatoire national de la fin de vie remontant à 2013, il indiquait qu'à l'époque, 1 médecin coordonnateur sur 5 n'a pas de formation en soins palliatifs. Cette donnée, issue d'une communication au congrès de la SFAP sur les données de l'ONFV, ne peut pas être considérée comme un état des lieux actualisé pour la période récente : l'Atlas ne fournit pas de taux de formation plus récent sur ce point précis. Elle reste toutefois un point de vigilance pour tout établissement qui souhaite objectiver, en interne, le niveau de formation de son médecin coordonnateur en soins palliatifs.
Ce que ces données changent concrètement pour le médecin coordonnateur
Pris ensemble, ces chiffres dessinent un paysage où l'offre de soins palliatifs progresse au niveau national, où l'EHPAD reste un lieu majeur de la fin de vie, et où plusieurs outils de coordination — conventionnement EMSP, hospitalisation à domicile, évaluations anticipées, prescriptions anticipées personnalisées — sont déjà largement mobilisés sur le terrain. Pour le médecin coordonnateur, l'enjeu n'est donc pas de découvrir ces dispositifs mais de vérifier, établissement par établissement, si le conventionnement avec une équipe mobile de soins palliatifs existe, si les prescriptions anticipées personnalisées sont formalisées et actualisées, et si les directives anticipées des résidents sont réellement recueillies et accessibles à l'équipe soignante. Ce travail de vérification et de mise à jour rejoint plus largement les questions de pilotage et d'organisation interne de l'établissement portées par la direction, en lien étroit avec le médecin coordonnateur.
Sources officielles
- CNSPFV — Atlas des soins palliatifs et de la fin de vie, chiffres nationaux et régionaux
- CNSPFV — Atlas des soins palliatifs et de la fin de vie en France, édition complète
- HAS — Recommandation sur l'accompagnement de la fin de vie des personnes âgées en EHPAD
- HAS — Parcours de soins des patients présentant un trouble neurocognitif associé à la maladie d'Alzheimer, soins au stade ultime
- SFAP — Communication au congrès sur les données de l'Observatoire national de la fin de vie relatives aux médecins coordonnateurs