Iatrogénie médicamenteuse en Ehpad : l'ARS outille le médecin coordonnateur

Clinique & protocoles · Publié le · 6 min de lecture

En Auvergne-Rhône-Alpes, l'ARS diffuse une nouvelle boîte à outils dédiée à la prévention de l'iatrogénie médicamenteuse, avec des implications directes pour la pratique du médecin coordonnateur. L'iatrogénie médicamenteuse est une cause importante de chutes chez les personnes âgées, et les chutes sont responsables chaque année d'environ 22 000 hospitalisations et de près de 3 000 décès dans la région. Conçue pour outiller la réévaluation des traitements au quotidien, cette ressource s'adresse directement aux professionnels en charge du parcours de soins en Ehpad.

Un enjeu de santé publique régional

Publiée fin août 2026, la boîte à outils de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes s'inscrit dans une politique régionale de prévention des chutes liées aux médicaments. En Auvergne-Rhône-Alpes, les chutes sont responsables chaque année d'environ 22 000 hospitalisations et de près de 3 000 décès, un enjeu qui replace la réévaluation des traitements au cœur de l'activité du médecin coordonnateur, en lien avec les protocoles de gestion des risques gériatriques déjà mobilisés en établissement.

Ces ressources ont été conçues par et pour des médecins et pharmaciens, en lien avec l'Agence régionale de santé (ARS), l'OMEDIT, le Gérontopôle Auvergne-Rhône-Alpes et les représentants des professionnels de santé, publiées par l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes. Cette construction collégiale, associant les acteurs de terrain à sa conception, vise une appropriation rapide par les équipes médicales et pharmaceutiques déjà mobilisées sur la sécurisation du circuit du médicament.

Ce que change la boîte à outils pour le médecin coordonnateur

Concrètement, « une boite à outils pratiques est à votre disposition pour accompagner la réévaluation des traitements et favoriser la juste prescription chez ces personnes » : la promesse s'adresse en priorité aux « Médecins généralistes, médecins coordonnateurs, pharmaciens d'officine ou autres professionnels impliqués dans le parcours de soins des personnes âgées », une catégorie où s'inscrit pleinement le champ d'action défini par les missions du médecin coordonnateur en Ehpad. Pour ce dernier, la nouveauté ne réside pas dans le principe de la réévaluation — déjà attendu de sa fonction — mais dans la mise à disposition d'un support commun, partageable avec le médecin traitant et le pharmacien référent, pour objectiver et tracer cette démarche.

L'ARS précise : « Nous vous invitons à les consulter, à les utiliser lors de vos prises en charge et à les partager au sein de vos équipes et avec vos partenaires afin de diffuser les bonnes pratiques de prévention de l'iatrogénie médicamenteuse. » En pratique, cette diffusion s'appuie naturellement sur les temps déjà existants de coordination gériatrique et sur les échanges réguliers avec l'équipe soignante et le pharmacien référent de l'établissement.

Le flyer « Chute et médicaments », pivot de la démarche

Le flyer « Chute et médicaments » constitue le document de référence de la démarche, consultable sur le site de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes. Pensé comme une aide à la pratique, il guide les professionnels dans la réévaluation des ordonnances et facilite le repérage des situations pouvant favoriser une chute chez les personnes âgées. Ce format synthétique, pensé pour une consultation rapide, se prête à un usage au chevet du résident comme en réunion de coordination.

Autour de ce flyer s'articule une boîte à outils complète, qui rassemble des ressources pratiques organisées en 4 rubriques. Cette organisation en quatre temps donne au médecin coordonnateur un fil conducteur explicite, du repérage du contexte iatrogène jusqu'à la formation continue des équipes.

Quatre rubriques pour structurer la réévaluation des traitements

Les ressources de la boîte à outils se répartissent selon les axes suivants :

  • analyser le contexte iatrogène : identifier le lien entre les symptômes, les médicaments prescrits et certains contextes favorisant l'iatrogénie, comme le mésusage ou les cascades médicamenteuses ;
  • réévaluer les médicaments : selon cinq grands thèmes thérapeutiques, afin de favoriser la juste prescription chez les patients âgés chuteurs ou à risque de chute ;
  • Prévenir les complications : notamment par la réévaluation de la balance bénéfice-risque des traitements à risque hémorragique et par la juste prescription des traitements de l'ostéoporose ;
  • former pour mieux soigner : grâce à une sélection de supports pédagogiques destinés aux équipes médicales et paramédicales souhaitant approfondir leurs connaissances sur l'iatrogénie médicamenteuse du sujet âgé.

Pour le médecin coordonnateur, cette structuration en quatre temps rejoint directement les protocoles de gestion des risques gériatriques déjà en place dans l'établissement : elle offre un cadre méthodologique commun pour objectiver une réévaluation qui reste, en pratique, souvent informelle et dépendante de la disponibilité de chacun. La deuxième rubrique, centrée sur cinq grands thèmes thérapeutiques, permet notamment de prioriser les classes médicamenteuses les plus fréquemment impliquées dans les chutes des résidents polymédiqués.

Ce que la HAS recommandait déjà sur la réévaluation médicamenteuse

Cette logique de réévaluation n'est pas nouvelle pour le médecin coordonnateur : la HAS recommande de réévaluer régulièrement les traitements psychotropes (indication, efficacité et effets iatrogènes), en particulier des neuroleptiques et des sédatifs, et de proposer des alternatives non médicamenteuses, dans ses recommandations sur la réduction des hospitalisations non programmées en Ehpad. Elle préconise également d'assurer un suivi régulier des INR pour les patients sous anticoagulants oraux (AVK), un point de vigilance directement croisé avec la rubrique sur la prévention des complications hémorragiques de la nouvelle boîte à outils.

Le référentiel HAS d'évaluation des ESSMS inscrit cette exigence dans le pilotage qualité de l'établissement : OBJECTIF 3.6 – L'ESSMS définit et déploie sa stratégie de gestion du risque médicamenteux, complété par le CRITÈRE 3.6.5 – Les professionnels sont régulièrement sensibilisés et/ou formés à la prévention et à la gestion du risque médicamenteux, consultable dans le référentiel HAS d'évaluation des ESSMS. La boîte à outils régionale fournit ainsi un support concret pour documenter, lors des évaluations, la manière dont l'établissement organise concrètement cette réévaluation.

Sur le plan opérationnel, la HAS recommande d'agir, selon ses propres termes, En prévoyant des révisions d'ordonnance (médecin traitant et médecin coordonnateur), une articulation que détaille sa fiche sur la prise en charge médicamenteuse en Ehpad. Cette coordination entre médecin traitant et médecin coordonnateur, déjà identifiée par la HAS, trouve dans la boîte à outils régionale un support concret pour être mise en œuvre lors des réunions de pilotage de la démarche qualité de l'établissement, en association avec la direction et l'équipe soignante.

Se former : webinaire et podcasts

Au-delà du flyer, la quatrième rubrique de la boîte à outils propose des formats de formation continue. Un webinaire de formation est disponible en replay (durée : 1h24). Il permet de mieux comprendre les enjeux de l'iatrogénie médicamenteuse, d'actualiser ses connaissances et de découvrir des pistes d'amélioration des pratiques professionnelles. Ce format long se prête à une utilisation individuelle ou à une diffusion en équipe pluridisciplinaire.

La boîte à outils propose également une série de huit podcasts : Ces formats courts permettent de se former facilement et de renforcer les réflexes de prévention au quotidien. Pour le médecin coordonnateur, ce format offre une alternative légère aux temps de formation plus longs, mobilisable par exemple lors de trajets ou de temps de transition entre deux prises en charge.

Une ressource à intégrer dans l'organisation existante

Reste, pour chaque établissement, la question de l'appropriation concrète de ces outils. La juxtaposition d'un flyer, d'un webinaire et de podcasts ne suffit pas à elle seule à transformer la pratique : leur valeur dépend de leur intégration dans les circuits déjà existants de gestion des risques gériatriques et de coordination entre médecin traitant, médecin coordonnateur et pharmacien référent. C'est précisément l'articulation que recherche cette boîte à outils régionale, en s'appuyant sur un document de référence unique — le flyer « Chute et médicaments » — pour ancrer une pratique de réévaluation qui reste, aujourd'hui encore, hétérogène d'un établissement à l'autre.

Sources officielles