Recrudescence de légionellose en Savoie : vigilance requise en EHPAD

Clinique & protocoles · Publié le · 7 min de lecture

L'ARS Auvergne-Rhône-Alpes a publié une alerte relative à une hausse des cas de légionellose en Savoie. Entre le 1er juin et le 12 août, 43 cas de légionellose ont été déclarés aux autorités sanitaires en Savoie, avec une concentration marquée sur le secteur où 27 des 43 cas résident et/ou ont fréquenté le secteur du bassin de Chambéry. Pour le médecin coordonnateur, cette alerte régionale appelle une vigilance immédiate sur les réseaux d'eau chaude sanitaire de l'établissement et sur la reconnaissance précoce des symptômes chez les résidents.

Une hausse confirmée par l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes

Dans une alerte consacrée à cette recrudescence, l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes indique que Les autorités sanitaires ont noté une augmentation inhabituelle des cas de légionellose en Savoie depuis le mois de juin. Le bilan chiffré, arrêté au 12 août, distingue les cas selon leur lieu de résidence : 36 cas résident en Savoie, 7 ont séjourné dans le département. Les personnes malades ont entre 26 et 91 ans, un spectre d'âge qui recoupe directement la population accueillie en EHPAD.

Sur le plan clinique, 41 cas ont été hospitalisés pour des problèmes respiratoires ; la plupart sont sortis et guéris. Le bilan régional fait également état de 2 décès sont à déplorer, chez des personnes de plus de 80 ans — une donnée agrégée à l'échelle du département, qui ne concerne pas un établissement identifié. Pour mesurer l'ampleur de cette recrudescence, l'ARS rappelle qu'En Auvergne-Rhône-Alpes, entre 200 et 400 cas de légionelloses sont déclarés chaque année à l’ARS : le seul mois d'été a donc concentré une part significative du volume annuel habituel.

Une investigation resserrée sur le bassin de Chambéry

Des investigations sont en cours afin de déterminer la ou les sources de contamination, plus précisément Des investigations épidémiologiques et environnementales sont en cours pour tenter de déterminer l’origine de la contamination. Elles ont conduit à cibler géographiquement l'alerte, puisque 27 des 43 cas résident et/ou ont fréquenté le secteur ouest du département, autour de Chambéry. Sur le terrain, Une trentaine de prélèvements ont ainsi été réalisés : réseaux d’eau d’immeuble collectif, tours aéroréfrigérantes, supermarchés, restaurants, etc., et Les premiers résultats seront connus d’ici le 17 août. Cette phase d'investigation, consultable dans le détail sur la page dédiée de l'ARS, ne cible pas les EHPAD du secteur en particulier : elle porte sur l'ensemble des réseaux d'eau collectifs et des installations à risque du bassin.

Réseaux d'eau chaude sanitaire : le risque à surveiller dans votre établissement

L'alerte savoyarde ne modifie pas le cadre réglementaire applicable aux EHPAD, mais elle constitue un rappel opérationnel pour tout médecin coordonnateur, où que se situe son établissement. La légionellose est une infection pulmonaire provoquée par des bactéries présentes dans l’eau : les légionelles. La contamination de l’homme se fait par voie respiratoire, par inhalation de fines gouttelettes d'eau contenant une forte concentration de légionelles, diffusées sous forme d'aérosols, ce qui explique pourquoi les sources de contamination les plus fréquentes sont les réseaux d’eau chaude sanitaire des particuliers ou publics : douches, douchettes, bains à remous ou à jets, spas, jacuzzis, etc. — des équipements présents dans la quasi-totalité des établissements.

Ce rappel s'articule avec les protocoles de gestion des risques déjà en vigueur dans l'établissement : température et entretien des réseaux d'eau chaude sanitaire, purge des points d'eau peu utilisés, surveillance des douchettes et pommeaux. C'est précisément le champ couvert par les protocoles de prévention des risques en gériatrie, dans lesquels s'inscrit naturellement cette vigilance sur le réseau d'eau. Deux précisions utiles pour rassurer les équipes et les familles : La légionellose n’est pas contagieuse ; elle ne se transmet pas de personne à personne, et Boire de l’eau du robinet ne présente pas de risque de contamination, seule l’inhalation via le système respiratoire présente un risque. Le pilotage de cette vigilance sanitaire fait pleinement partie du rôle du médecin coordonnateur au sein de l'établissement.

Concrètement, cette actualité justifie de reprendre, avec le service technique et la direction, les points de contrôle habituels du réseau d'eau chaude sanitaire : température de production et de distribution jusqu'au point le plus éloigné du réseau, purge régulière des bras morts et des points d'eau peu utilisés, entretien et détartrage des douchettes et pommeaux, et traçabilité écrite de ces opérations. Ce sont des vérifications de routine, déjà prévues dans la plupart des plans de maîtrise sanitaire des établissements, mais qu'une alerte régionale de ce type invite légitimement à reprogrammer sans attendre l'échéance habituelle. La coordination entre le médecin coordonnateur, la direction et les prestataires en charge de l'entretien des réseaux reste, sur ce sujet, la meilleure garantie de réactivité.

Reconnaître les symptômes évocateurs chez le résident âgé

La population résidant en EHPAD figure explicitement parmi les profils à risque identifiés par l'ARS : La légionellose affecte essentiellement les adultes et plus particulièrement les personnes vulnérables : personnes âgées, fumeurs, personnes souffrant de maladies respiratoires chroniques, diabète, maladies ou traitements affaiblissant les défenses immunitaires. Le délai d'apparition des signes cliniques doit être connu de l'ensemble de l'équipe soignante : Les symptômes de la légionellose apparaissent en moyenne entre 2 et 10 jours après l'exposition à la bactérie.

Chez le résident âgé, la présentation initiale peut être trompeuse. La maladie se manifeste au début par une toux importante et une forte fièvre, voire des troubles gastro-intestinaux pour les personnes âgées — un tableau qui peut d'abord évoquer une pathologie digestive plutôt que respiratoire. À un stade plus avancé, les symptômes peuvent évoluer vers des difficultés respiratoires, et La légionellose entraîne le plus souvent une hospitalisation, voire un décès dans certains cas lorsque la prise en charge tarde. C'est pourquoi Plus les symptômes sont identifiés rapidement, plus l’évolution vers la guérison est favorable : la formation des équipes soignantes à ce tableau atypique, en particulier chez les résidents fébriles avec troubles digestifs, mérite d'être rappelée en réunion de service.

Procédure à suivre face à une suspicion de légionellose

L'ARS a explicitement associé les professionnels de santé à cette vigilance : Les professionnels de santé du secteur ont été informés de la situation, afin qu’ils puissent identifier plus rapidement d’éventuels patients présentant des symptômes évocateurs de cette infection. La consigne transmise par l'ARS est simple et directement transposable en établissement : En cas de symptômes évocateurs, consultez rapidement votre médecin. En cas d’indisponibilité ou de doutes, appelez le 15. Pour un résident présentant une fièvre élevée et une toux importante dans un contexte de séjour ou de résidence en Savoie, cette orientation doit être appliquée sans délai, en lien avec le médecin traitant du résident et, si besoin, la régulation du 15.

Sur le plan thérapeutique, il est utile de rappeler aux équipes que La légionellose nécessite un traitement antibiotique spécifique qui permet, dans la plupart des cas, une évolution favorable. La traçabilité de toute suspicion, la coordination avec le médecin traitant et l'information ascendante vers la direction de l'établissement s'inscrivent dans la gestion habituelle des risques infectieux de l'EHPAD, sans qu'il soit nécessaire d'attendre une confirmation diagnostique pour engager ces étapes.

Suites de l'alerte : ce qu'il faut surveiller dans les prochains jours

Le calendrier fixé par l'ARS donne un repère concret : Les premiers résultats seront connus d’ici le 17 août, ce qui pourrait affiner la ou les sources environnementales en cause dans le secteur de Chambéry. Tant que Des investigations sont en cours afin de déterminer la ou les sources de contamination, la prudence recommandée reste la même partout : entretien rigoureux des réseaux d'eau chaude sanitaire, vigilance clinique renforcée sur les tableaux fébriles et respiratoires atypiques, et réactivité dans l'orientation des résidents symptomatiques. Cette alerte reste, à ce stade, circonscrite à la Savoie : elle ne justifie pas une généralisation à l'ensemble du territoire, mais elle rappelle utilement une vigilance qui s'applique aux réseaux d'eau de tout établissement, indépendamment de sa localisation. Pour suivre les développements de ce dossier et les prochaines communications sanitaires, consultez régulièrement l'actualité du secteur, ainsi que la page de suivi publiée par l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes.

En interne, cette séquence peut aussi être l'occasion de rappeler brièvement, en réunion d'équipe et sans dramatisation, la conduite à tenir face à un résident fébrile avec toux ou troubles digestifs inexpliqués, ainsi que les coordonnées à mobiliser en cas de doute. Il n'y a pas lieu, à ce stade, de communiquer auprès des familles sur une alerte régionale qui ne cible pas nommément les établissements médico-sociaux ; l'essentiel reste la vigilance clinique quotidienne et l'entretien documenté des réseaux d'eau, qui constituent, pour tout EHPAD, la meilleure prévention face à ce type de risque sanitaire.