Projet ILDYS en EHPAD : la CNSA repense l'organisation des unités protégées

Management & coordination · Publié le · 7 min de lecture

La Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie a sélectionné cinq projets innovants dans le cadre de son appel à projets 2026 dédié à l'offre médico-sociale. Parmi eux, l'expérimentation portée par la Fondation ILDYS dans deux EHPAD du Finistère vise à transformer l'organisation des unités de vie protégée pour les résidents atteints de troubles cognitifs. Pour les médecins coordonnateurs, cette évolution interroge directement l'articulation entre liberté d'aller et venir et sécurisation des parcours de soins.

Un appel à projets national très sélectif

La CNSA a détaillé, dans une actualité publiée fin août 2026, les contours de cette nouvelle vague d'expérimentations sociales et médico-sociales. Sur l'ensemble du territoire, 152 projets ont été soumis à l'institution. Au terme du processus de sélection, 5 projets ont été retenus, ce qui témoigne d'une compétition serrée entre porteurs de projets du secteur médico-social. La CNSA a annoncé un accompagnement financier pour un montant total de soutien de plus d'un million d'euros pour l'ensemble des lauréats. Ce dispositif d'expérimentation n'est pas nouveau : Depuis 2022, près de 38 actions ont pu être déployées sur le terrain, ce qui situe la vague 2026 dans la continuité d'une politique d'innovation sociale engagée depuis plusieurs années par la Caisse.

Le projet de la Fondation ILDYS : sortir de la logique des places fermées

Reconnue d'utilité publique, la Fondation ILDYS accompagne chaque année 7 500 personnes dans le Finistère, dans les domaines du sanitaire, du médico-social, du handicap, du grand âge et de la protection de l'enfance. La Fondation gère notamment cinq EHPAD sur le territoire, dont le Manoir de Keraudren (Brest) et l'EHPAD Saint-Jacques (Guiclan), concernés par la présente expérimentation.

Le constat de départ formulé par la CNSA est celui d'organisations encore largement fondées sur des espaces géographiquement définis et fermés pour l'accompagnement des résidents présentant des troubles cognitifs de type Alzheimer ou apparentés. Le projet ILDYS ambitionne de transformer l'organisation actuelle des unités de vie protégée en substituant à une logique de « places fermées », un dispositif d'accompagnement mobile, gradué et individualisé. Ce nouveau modèle, permettant de renforcer la continuité du lieu de vie, la participation à la vie sociale de l'EHPAD et une sécurisation proportionnée aux risques réels, doit se substituer progressivement à l'unité fermée classique dans les deux établissements bretons concernés. Concrètement : Il s'agit de promouvoir, de manière sécurisée et individualisée, la liberté d'aller et venir des personnes accueillies au sein de l'EHPAD et en dehors, sans que cette ambition ne soit présentée par la CNSA comme déjà acquise : il s'agit d'une expérimentation dont les effets restent à démontrer sur la durée du projet.

Une méthodologie d'accompagnement et d'évaluation renforcée

La Fondation ne conduit pas seule cette transformation organisationnelle. Elle sera accompagnée par l'agence d'innovation sociale Les Beaux Jours, spécialisée dans le design social appliqué au médico-social, et d'un prestataire en charge de l'évaluation du projet. La Fondation s'appuie, pour ce projet, sur un réseau de partenaires institutionnels (ARS, conseil départemental, associations de soutien aux personnes âgées et à leurs aidants, partenaires éthiques) ainsi que sur un centre de référence international (Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec), en appui méthodologique et scientifique. Cette architecture partenariale, associant appui méthodologique international et évaluation externe, dessine un cadre de gouvernance de projet dont les procédures de prévention des risques gériatriques des établissements auront vocation à s'inspirer si les résultats s'avèrent concluants.

Un calendrier de déploiement commun aux projets lauréats

Sur le plan calendaire : Leur mise en œuvre débutera au plus tard début 2027, pour une durée de 26 à 36 mois. Ce calendrier est celui de l'ensemble des cinq expérimentations retenues par la CNSA cette année, et non un jalon propre au seul projet ILDYS : les équipes du Manoir de Keraudren et de l'EHPAD Saint-Jacques disposeront donc du même horizon de déploiement que les quatre autres lauréats pour engager, tester puis capitaliser sur leur dispositif.

La liberté d'aller et venir : le cadre de référence de la HAS

Le projet ILDYS s'inscrit dans un corpus doctrinal ancien mais toujours en vigueur. La recommandation de référence de la Haute Autorité de Santé sur la liberté d'aller et venir en établissement sanitaire et médico-social pose depuis longtemps les principes que ce type d'expérimentation cherche aujourd'hui à traduire en organisation concrète. Selon ce texte historique, toujours cité en gériatrie, la notion de liberté d'aller et venir pour une personne soignée ou accueillie dans un établissement sanitaire et médico-social ne doit pas être entendue seulement comme la liberté de ses déplacements, mais aussi comme le droit de prendre ses décisions elle-même. Sur les dispositifs techniques de sécurisation, la position est nette : Les dispositifs et les contrôles d'accès électroniques doivent être considérés comme un pis-aller. Concernant l'architecture même des unités, la recommandation est tout aussi explicite : Le jury n'est pas favorable aux lieux fermés, il préconise leur ouverture sur l'extérieur.

Ce cadre historique encadre également les modalités de restriction individuelle de liberté, un enjeu quotidien pour l'encadrement médical des unités protégées : Toute restriction individuelle de cette liberté qui serait supérieure aux restrictions collectives doit être déclarée, motivée, expliquée et révisée régulièrement. Ce principe se prolonge dans la pratique quotidienne : En cas de restriction motivée, la réévaluation est systématique et à périodicité la plus brève possible. C'est précisément ce triptyque – motivation, traçabilité, réévaluation – que le projet ILDYS cherche à traduire dans une organisation de terrain, plus de deux décennies après la publication de cette recommandation.

Ce que ce projet change pour l'organisation médicale et la sécurité des résidents

La CNSA ne présente pas de lien direct, dans sa communication sur le projet ILDYS, avec la fonction de médecin coordonnateur ou avec l'équipe médicale de l'établissement. L'intérêt de cette expérimentation pour ce professionnel tient néanmoins à sa responsabilité générale, au cœur de ses missions de médecin coordonnateur, dans l'organisation des soins et dans la sécurité des résidents accueillis en unité protégée. Substituer à des places fermées un accompagnement mobile, gradué et individualisé suppose en effet de revoir la manière dont les risques de fugue, de chute ou d'errance sont évalués et tracés au cas par cas, plutôt que gérés par une fermeture uniforme de l'espace. Cette logique individualisée rejoint les exigences de traçabilité et de réévaluation régulière déjà posées par la HAS, et elle rend d'autant plus nécessaire une évaluation clinique documentée dans le dossier d'admission et le projet de vie de chaque résident concerné.

Pour les directions d'établissement et les équipes soignantes, l'expérimentation, si elle tient ses objectifs, pourrait à terme nourrir une réflexion plus large sur l'organisation des protocoles de prévention des risques gériatriques en unité de vie protégée, sans que ses résultats ne soient acquis avant l'issue de la période d'expérimentation. C'est un chantier qui touche aussi à la gouvernance de l'établissement, dans la mesure où le passage d'une logique de places fermées à un dispositif mobile suppose une adaptation des ressources humaines et des plannings de surveillance.

Les autres expérimentations soutenues par la CNSA cette année

Le projet ILDYS n'est qu'un des cinq lauréats de cette vague d'appel à projets. Un autre projet retenu par la CNSA vise ceci : Préfigurer un parcours répit national pour les aidants familiaux de personnes âgées et de personnes en situation de handicap. Pour cette expérimentation, Trois départements aux configurations contrastées sont mobilisés (Hautes-Alpes, Nord, Pas-de-Calais) pour cette expérimentation. Les autres projets sélectionnés couvrent d'autres problématiques du secteur médico-social, dans la continuité de la logique d'innovation sociale que la CNSA entend soutenir sur l'ensemble du territoire. L'actualité complète de ces expérimentations, ainsi que les prochaines vagues d'appels à projets, peuvent être suivies dans la rubrique actualités du secteur médico-social de sosmedco.com.

Sur le plan financier, ces expérimentations s'inscrivent dans un environnement où la question du financement et de la tarification des établissements reste centrale pour les directions d'EHPAD appelées à candidater à ce type de dispositif, ou à en tirer les enseignements pour leur propre organisation.

Sources officielles

CNSA, Offre médico-sociale : la CNSA soutient 5 nouveaux projets innovants en 2026.

Haute Autorité de Santé (HAS), Liberté d'aller et venir dans les établissements sanitaires et médico-sociaux, et obligation de soins et de sécurité.