L’enquête de la FHF présente la situation financière des EHPAD publics

Financement & tarification · Publié le · 7 min de lecture

Les résultats de l’enquête nationale de la FHF sur la situation financière des EHPAD publics offrent des repères pour préparer un dialogue de gestion. Cet article en retient les principaux enseignements, précise à quel échantillon ils se rapportent et propose quelques questions de coordination, sans prêter à la fédération un propos sur la coordination médicale.

Ce que mesure l’enquête et pour quel échantillon

Avant de lire un résultat, il faut savoir quels établissements il décrit. Les éléments ci-dessous proviennent de la présentation des résultats publiée sur le site de la fédération et du document de synthèse mis en ligne à côté. La présentation décrit ainsi le cadre de l’enquête : « Conduite du 5 mars au 26 avril 2026, l’enquête présente la situation financière des EHPAD publics de la fonction publique hospitalière (FPH) sur la base des résultats consolidés 2025. »

Le document de synthèse fonde ses résultats sur les réponses collectées auprès de 741 EHPAD publics, représentant 101 507 places d’hébergement permanent. Le texte de présentation situe ce même échantillon comme représentant plus de 101 000 places d’hébergement permanent, soit 42 % des places d’EHPAD publics de la fonction publique hospitalière.

Deux précautions de lecture s’imposent. D’abord, l’échantillon réunit 741 EHPAD publics (autonomes et rattachés à un établissement public de santé) adhérents de la FHF : ces résultats ne décrivent pas l’ensemble des EHPAD, et pas davantage les établissements privés ou privés non lucratifs. Ensuite, l’enquête émane d’une fédération : ses résultats se lisent comme ceux d’une enquête de réseau.

Pour situer ces chiffres dans un panorama plus large, vous pouvez consulter un autre baromètre consacré aux déficits des EHPAD, issu d’un autre échantillon et d’une autre méthode : les deux lectures ne se superposent pas.

Des déficits qui persistent, avec ou sans aides exceptionnelles

Le document de synthèse commence par le niveau d’activité : il fait état d’un « Taux d’occupation moyen des EHPAD publics de 94,5 %, en stabilité par rapport à 2024. » Vient ensuite le résultat des établissements, aides exceptionnelles comprises : « 6 EHPAD publics sur 10 sont en déficit en 2025 (contre 7 sur 10 en 2024 et 8 sur 10 en 2023), après prise en compte des aides exceptionnelles reçues. »

Le même document donne la lecture inverse, hors aides : « Hors aides exceptionnelles, 7 EHPAD publics sur 10 seraient en déficit en 2025. » Une autre phrase du PDF en précise la proportion dans l’échantillon : « Sans ces aides exceptionnelles importantes, ce sont environ 7 EHPAD publics sur 10 (69 % de l’échantillon) qui auraient été déficitaires en 2025. »

Sur le taux de résultat, l’enquête met en évidence une légère amélioration du taux moyen de résultat qui reste cependant négatif. Rapporté à la place, le document précise que, « pour les EHPAD déficitaires, le déficit moyen par place se situe à 2 952 € en 2025 (contre 3 104 € en 2024 et 3 520 € en 2023) »

Sur le lien avec l’occupation, le PDF relève que 54 % des EHPAD qui ont un taux d’occupation égal ou supérieur à 97 % sont déficitaires. Le document distingue aussi les statuts : « Pour les EHPAD autonomes déficitaires, le déficit moyen 2025 par place est de 2 217 € », puis « Pour les EHPAD rattachés déficitaires, le déficit moyen 2025 par place est de 3 232 € ».

Deux montants globaux sont, eux, des estimations de la FHF, et doivent se citer comme telles. Premier ordre de grandeur, pour une année : « Toutes sections confondues, le déficit pour les seuls EHPAD publics, peut être estimé à environ 400 M€. » Second ordre de grandeur, sur plusieurs exercices : « La FHF estime que le montant cumulé des déficits des seuls EHPAD publics de la FPH pour les quatre derniers exercices (2022-2025) pourrait dépasser les 2 Mds€. »

Pour un médecin coordonnateur, l’intérêt de ces repères est avant tout méthodologique. Ils montrent qu’un même établissement peut être lu de deux manières, avec et sans aides exceptionnelles. Il peut être utile, avant une réunion budgétaire, de demander à la direction laquelle des deux lectures est présentée dans votre établissement.

Hébergement, dépendance, soins : où se concentrent les déficits

La seconde grille de lecture de l’enquête est celle des sections tarifaires, qui structurent le budget d’un EHPAD. Pour les deux premières sections, le PDF indique : « 65 % des EHPAD sont déficitaires sur la section hébergement et 83 % sur la section dépendance. » Il ajoute, pour la section soins : « A l’inverse, 1 EHPAD sur 4 seulement est déficitaire sur la section soins. »

Le document donne aussi des montants cumulés par section, mais sur un sous-échantillon seulement, ce qu’il annonce lui-même : « Sur 361 EHPAD répondants, le détail des résultats par section tarifaire fait apparaitre : »

  • Un excédent de 73 M€ pour la section soins ;
  • Un déficit de 48 M€ pour la section hébergement ;
  • Un déficit de 70 M€ pour la section dépendance.

Ces montants se rapportent à ce sous-échantillon et à lui seul : ils ne se transposent pas à l’ensemble des répondants, ni a fortiori à l’ensemble des EHPAD. La lecture que vous en faites localement relève de votre analyse, pas d’un constat de la fédération.

Vous pouvez examiner la répartition entre sections lors de votre dialogue de gestion. Pour replacer ces notions dans leur cadre, le repère du site sur le financement et la tarification des EHPAD rappelle comment les sections s’articulent. Un autre éclairage sur le même sujet est proposé dans l’article consacré à la campagne budgétaire, qui ne traite pas de cette enquête.

Trésorerie et paiements différés

Le PDF aborde aussi la trésorerie. Il indique : « Plus d’un EHPAD sur trois a rencontré des difficultés de trésorerie en 2025, une proportion stable par rapport à 2024. » Il donne aussi, sur les paiements : « Un EHPAD sur trois a différé le paiement de certaines charges, contre 29 % en 2024. »

Sur le niveau de réserve disponible, la formulation porte sur un sous-ensemble précis, les établissements autonomes : « La moitié des EHPAD publics autonomes disposent d’au plus 74 jours de trésorerie d’avance. » Cette phrase ne vaut ni pour les établissements rattachés, ni pour l’ensemble des EHPAD publics répondants.

Le document précise enfin le mode de tarification retenu par les répondants : « Les ¾ des EHPAD répondants (76 %) ont opté pour le tarif global, avec ou sans PUI. » Si votre établissement est concerné, il peut être utile de demander à la direction quelle option a été retenue.

Sur un registre voisin, l’article du site consacré au fonds vert et à la canicule apporte un autre éclairage sur le financement des établissements publics. Il aborde un thème distinct de la situation financière décrite ici.

Pistes pour la coordination médicale

Ce qui suit n’engage pas la FHF, dont l’enquête porte sur les comptes des établissements. Les quatre pistes ci-dessous sont des questions de pratique que vous pouvez poser en équipe ou à la direction, pas des constats tirés de l’enquête.

  • Quelle lecture du résultat est utilisée ? Vous pouvez demander si le résultat présenté en dialogue de gestion inclut ou non les aides exceptionnelles, et à quelle section tarifaire il se rapporte.
  • Quels besoins de soins sont chiffrés ? Avant de formuler une demande de moyens, il peut être utile de la rattacher à une section tarifaire et d’en documenter le besoin avec les données médicales de l’établissement.
  • Quelle marge de manœuvre sur la trésorerie ? Si un achat ou un renouvellement de matériel est envisagé, vous pouvez demander à la direction quel calendrier de paiement est réaliste, plutôt que de supposer une réponse.
  • Quelle option tarifaire est retenue ? Il est utile de la connaître avant d’aborder, en dialogue de gestion, les dépenses de soins que vous suivez.

Pour préparer ces échanges, le site propose des repères sur les missions du médecin coordonnateur et sur le management et la direction d’un EHPAD ; ces pages ne traitent pas de l’enquête de la FHF. À titre de repère de méthode, le document de synthèse de l’enquête mérite d’être lu en entier, en gardant en tête que ses résultats décrivent les répondants et non l’ensemble du secteur.

Sources officielles