Fin de vie en EHPAD : le nouveau guide du CNSPFV pour le médecin coordonnateur

Clinique & protocoles · Publié le · 6 min de lecture

Le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie a mis en ligne, le 7 septembre 2026, un nouveau guide pratique intitulé « Communiquer dans des situations complexes ». Adapté d'un outil italien, ce document s'adresse à l'ensemble des professionnels accompagnant des personnes atteintes de maladies graves ou en fin de vie. Pour le médecin coordonnateur d'EHPAD, il offre une base concrète pour structurer la formation de l'équipe à des situations qui restent, année après année, parmi les plus délicates à gérer sur le terrain.

Un outil adapté d'un dispositif italien, validé par un panel d'experts

Le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie présente son nouveau guide comme un nouvel outil conçu pour accompagner les professionnels de santé dans l’une des dimensions les plus sensibles de leur pratique, à savoir la communication autour des maladies graves et de la fin de vie. Ce document ne part pas de zéro : il s’appuie sur la traduction et l’adaptation au contexte français d’un livret initialement développé en Italie par l’Université de Turin, dans le cadre d’un processus de co-construction avec des parties prenantes et validé par un panel d’experts. Pour le médecin coordonnateur, cette généalogie importe : elle signale un contenu déjà éprouvé ailleurs, avant sa transposition au contexte réglementaire et organisationnel français.

À qui s'adresse ce nouveau guide, et pourquoi il concerne le pilotage de l'équipe

Le CNSPFV précise que Le guide « Communiquer dans des situations complexes » s’adresse à l’ensemble des professionnels impliqués dans l’accompagnement de personnes atteintes de maladies graves : médecins, infirmiers, aides soignants, psychologues, personnels de direction. Cette liste recouvre, presque trait pour trait, la composition d'une équipe d'EHPAD. L'ambition affichée est de soutenir les professionnels dans leurs interactions, à renforcer leurs compétences communicationnelles et à favoriser une approche plus sereine et adaptée des situations complexes. Pour un médecin coordonnateur, ce périmètre multi-métiers en fait un support transversal, mobilisable aussi bien en formation collective qu'en discussion de cas individuel.

Ce que l'outil change concrètement pour le pilotage médical de la communication

La Haute Autorité de Santé situe déjà la communication au cœur du pilotage assuré par le médecin coordonnateur. Ses recommandations de bonnes pratiques professionnelles demandent : sous la responsabilité du médecin coordonnateur (MEDEC), préciser les possibilités d’accompagnement de l’Ehpad, ainsi que ses limites. Elles rappellent également que l’équipe de l’Ehpad, sous la responsabilité du médecin coordonnateur, articule la prise en charge des soins avec le médecin traitant, et que c’est le médecin coordonnateur, à partir du DLU 2015, qui explicite et définit les directives anticipées. Le nouveau guide du CNSPFV vient outiller très concrètement cette fonction d'explicitation et d'arbitrage, qui suppose une communication maîtrisée avec le résident comme avec ses proches.

  • Une base commune de vocabulaire et de posture entre médecins, infirmiers, aides-soignants, psychologues et personnels de direction.
  • Un support de formation interne mobilisable par le médecin coordonnateur pour les référents en soins palliatifs.
  • Une aide à la préparation des échanges les plus sensibles : annonce d'un pronostic, refus de soins, désaccord familial.

Sur le terrain, ce pilotage passe aussi par la formation de référents. La HAS recommande en nommant et formant un ou des référents en soins palliatifs chargés de diffuser la culture palliative au sein de l’Ehpad et d’être l’interlocuteur privilégié sur toutes les situations complexes, et de former les équipes à la communication sur la fin de vie et la relation avec le résident en fin de vie d’une part, et ses proches d’autre part. Le guide « Communiquer dans des situations complexes » constitue un support direct pour cette double formation, que le médecin coordonnateur peut intégrer à son pilotage des protocoles et de la gestion des risques gériatriques comme à son accompagnement éthique des résidents et de leurs familles. Ce lien avec les ressources extérieures n'est pas nouveau : En 2015, 82 % des Ehpad déclarent avoir fait appel au moins une fois à une équipe mobile de soins palliatifs, un recours que la qualité de la communication interne, entre équipe, résident et famille, conditionne largement.

Les situations que vise le guide sont précisément celles que documente la HAS, parmi lesquelles des proches « ultraprésents » ou qui n’adhèrent pas au projet de l’Ehpad, refus du passage en soins palliatifs, demande d’euthanasie, désaccord entre les différents membres de la famille. Elle souligne par ailleurs que l'angoisse générée par l’aggravation de la situation peut rendre la communication difficile et compliquer la mise en place d'un projet d’accompagnement adapté, en particulier lorsque s'y ajoutent des troubles cognitifs : la HAS pointe une difficulté à repérer les besoins en soins palliatifs des personnes atteintes de démence, en raison de la complexité qui l’entoure. Notre article sur la confusion en fin de vie et les repères apportés par le guide SFAP-SFGG au médecin coordonnateur aborde ce même terrain de la communication en situation de vulnérabilité cognitive.

Ces orientations recoupent celles portées par la SFAP, qui appelle à « Favoriser le développement d’une culture palliative dans les EHPAD (qui intègre la finitude…) », à « Valoriser explicitement, autour du vécu de la fin de la vie, le temps et la qualité de la relation humaine », et à « Promouvoir la décision collégiale et la réflexion éthique ». Le nouveau guide du CNSPFV, en armant les professionnels sur la manière de dire les choses, s'inscrit dans cette même logique de collégialité et de qualité relationnelle.

Un besoin documenté, une portée encore à mesurer

Le besoin de mieux outiller la communication en fin de vie ne relève pas de l'anecdote. L'Atlas du CNSPFV rappelle : En France, 643 200 personnes sont décédées en 2024, avec un âge moyen de 79,4 ans, qui a progressé de 2 ans en 10 ans, et que 330 042 séjours ont été codés « soins palliatifs » à l’hôpital, avec 173 958 décès associés à ce codage, soit 45 % des décès hospitaliers. Il relève aussi que 450 000 directives anticipées ont été déposées sur Mon Espace Santé, que 90 000 visites longues soins palliatifs ont été réalisées par des médecins généralistes en 2025, signe d'une implication croissante de la médecine de ville aux côtés des équipes d'EHPAD, et que 6 071 EHPAD sont conventionnés avec une EMSP pour un accompagnement renforcé, un maillage qui suppose justement une communication fluide entre équipe d'EHPAD, médecin traitant et équipe mobile.

Le déficit de formation des médecins coordonnateurs à la communication en soins palliatifs est, de son côté, documenté de longue date. Une étude de référence relayée par un poster du congrès de la SFAP indique qu'1 médecin coordonnateur sur 5 n’a pas de formation en soins palliatifs, et que 37 % des EHPAD n’ont pas recours à une structure de soins palliatifs. Ces constats anciens continuent d'être cités pour justifier le besoin de formation continue ; ils ne mesurent en rien l'usage ou l'efficacité du nouveau guide du CNSPFV, dont l'appropriation sur le terrain et l'évaluation restent, à ce stade, à venir. Aucune donnée ne permet aujourd'hui d'établir un lien entre l'usage de ce guide et une amélioration mesurée des échanges en EHPAD : c'est un outil de formation supplémentaire, pas un dispositif dont l'impact est déjà quantifié.

Sources officielles

Le guide « Communiquer dans des situations complexes » est accessible sur le site du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie. Les données de cadrage citées dans cet article proviennent de l'Atlas des soins palliatifs et de la fin de vie du CNSPFV, publié le 30 juin 2026, des recommandations de bonnes pratiques professionnelles de la Haute Autorité de Santé sur l'accompagnement de la fin de vie en EHPAD, et d'un poster présenté au congrès de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs. Pour approfondir le cadre réglementaire du pilotage médical en EHPAD, notre page dédiée aux missions du médecin coordonnateur détaille l'ensemble de ses prérogatives, et notre article sur la validation par le Conseil constitutionnel du cadre de l'aide à mourir complète cet éclairage sur les évolutions récentes touchant la fin de vie en établissement.