L'agence régionale de santé de La Réunion lance un appel à projets pour créer, à titre expérimental, une Maison d'Accompagnement et de Soins Palliatifs (MASP) de 12 places, avec un dépôt des dossiers possible jusqu'au 16 novembre 2026. Cette initiative locale s'inscrit dans une réforme nationale portée par la loi n° 2026-404 du 26 mai 2026 visant à garantir l'égal accès de tous à l'accompagnement et aux soins palliatifs, qui redistribue les obligations des établissements médico-sociaux en matière de fin de vie.
Un appel à candidatures pour une structure inédite au niveau régional
Concrètement, La Réunion fait partie des 12 régions retenues pour déployer à titre expérimental une MASP, structure qui accueillera des personnes en fin de vie, dont la situation clinique est stable mais qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas rester à leur domicile. L'appel à projets s'adresse aux établissements médico-sociaux qui accueillent des personnes majeures en fin de vie, qui peuvent candidater jusqu'au 16 novembre 2026 : les dossiers doivent être envoyés Par courrier recommandé avec accusé de réception. Le détail de l'appel à projets est disponible sur la page dédiée de l'agence régionale de santé de La Réunion.
Une fois ouverte, la structure proposera un accompagnement adapté, assuré par une équipe pluridisciplinaire, avec l'appui de professionnels extérieurs et de bénévoles. Pour les équipes de coordination médicale des établissements candidats, cela suppose d'articuler dès la conception du projet les ressources internes de l'établissement avec ces intervenants extérieurs.
Pour un médecin coordonnateur qui envisagerait de porter une candidature, ou simplement d'orienter la réflexion de sa direction sur ce type de projet, l'enjeu dépasse la seule question du financement. Il s'agit avant tout de documenter une expérience déjà acquise dans l'accompagnement de fin de vie, de formaliser les protocoles cliniques existants, et de préparer la coordination avec des intervenants extérieurs qui ne relèvent pas de l'organisation habituelle de l'établissement. La constitution du dossier suppose également d'anticiper les modalités d'articulation avec les ressources hospitalières et les équipes mobiles de soins palliatifs du territoire, afin de crédibiliser la capacité de l'établissement à accueillir des situations cliniquement complexes sans recourir systématiquement à une hospitalisation.
Une expérimentation adossée à la stratégie décennale des soins palliatifs
Cette expérimentation est inscrite dans la stratégie décennale des soins palliatifs (2024–2034), un cadre de programmation nationale qui vise à structurer progressivement l'offre d'accompagnement en fin de vie sur tout le territoire. Le choix de La Réunion comme terrain d'expérimentation n'est donc pas isolé : il s'agit de l'une des déclinaisons régionales d'un mouvement plus large, dont l'issue conditionnera vraisemblablement l'ouverture de structures comparables ailleurs en France.
Le cadre légal : une nouvelle catégorie d'établissement médico-social
Le fondement juridique de ce mouvement est la loi n° 2026-404 du 26 mai 2026 visant à garantir l'égal accès de tous à l'accompagnement et aux soins palliatifs. Le texte intégral est consultable sur Légifrance. Elle crée dans le code de l'action sociale et des familles un Chapitre X : Maisons d'accompagnement et de soins palliatifs, qu'elle définit ainsi : Les maisons d'accompagnement et de soins palliatifs mentionnées à l'article L. 34-10-1, qui ont pour objet d'accueillir et d'accompagner des personnes relevant d'une prise en charge palliative. Concrètement, ces établissements se positionnent entre le domicile et l'hôpital : ils accueillent des personnes relevant d'une prise en charge palliative ne pouvant être assurée à domicile et ne nécessitant pas une prise en charge en unité de soins palliatifs.
Ce que la loi change pour l'EHPAD et le médecin coordonnateur
Un volet soins palliatifs obligatoire dans le projet d'établissement
Au-delà de la création de la MASP elle-même, la loi impose aux établissements médico-sociaux, y compris aux EHPAD, une série d'obligations nouvelles. Elle prévoit désormais que le projet d'établissement ou de service mentionné à l'article L. 311-8 comporte un volet relatif à l'accompagnement et aux soins palliatifs. Pour le médecin coordonnateur, cela signifie l'inscription formelle de la démarche palliative dans le projet de soins, avec des implications directes sur l'organisation des prises en charge de fin de vie au sein de l'établissement, et sur la formalisation d'une doctrine interne d'orientation lorsqu'un résident relève d'un accompagnement palliatif.
Des conventions obligatoires avec les équipes mobiles de soins palliatifs
La loi renforce également l'articulation entre les établissements médico-sociaux et les ressources spécialisées en soins palliatifs : Les établissements et les services médico-sociaux mentionnés au 6° du I de l'article L. 312-1 concluent des conventions avec les équipes mobiles de soins palliatifs. Pour un médecin coordonnateur, cette obligation formalise une coopération qui reposait jusqu'ici largement sur des initiatives locales, avec à la clé un cadre plus structuré pour solliciter un avis spécialisé ou organiser un accompagnement conjoint. Pour approfondir les repères déjà disponibles sur la distinction entre les situations de fin de vie relevant du domicile, de l'EHPAD ou de l'hôpital, notre dossier consacré aux repères cliniques et réglementaires en fin de vie détaille les critères d'orientation à connaître.
Un accès équitable, quel que soit le lieu de résidence
Le texte pose enfin un principe général de couverture territoriale : Ils sont accessibles sur l'ensemble du territoire national et leur répartition garantit un accès équitable aux personnes malades. L'accompagnement et les soins palliatifs sont prodigués quel que soit le lieu de résidence ou de soins de la personne malade, y compris dans les lieux de privation de liberté. Pour les EHPAD, ce principe conforte l'idée que la prise en charge palliative n'est pas réservée aux structures hospitalières spécialisées, mais doit pouvoir être organisée là où réside le résident, y compris lorsqu'aucune MASP ou unité spécialisée n'est immédiatement accessible.
La MASP, un nouveau maillon dans le parcours d'orientation du résident
Pour le médecin coordonnateur, l'intérêt de ce type de structure intermédiaire réside dans l'élargissement des options d'orientation pour les résidents en fin de vie. Les critères d'admission visés par l'appel à projets réunionnais ciblent des personnes en fin de vie, dont la situation clinique est stable mais qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas rester à leur domicile — un profil qui, aujourd'hui, ne trouve pas toujours de réponse adaptée entre le maintien en établissement, l'hospitalisation à domicile et l'unité de soins palliatifs. La structure prévoit un accompagnement adapté, assuré par une équipe pluridisciplinaire, avec l'appui de professionnels extérieurs et de bénévoles, ce qui suppose une coordination étroite avec les équipes soignantes des établissements d'origine au moment du transfert.
Sur la question de la communication autour de ces situations d'orientation en fin de vie, souvent délicates pour les équipes comme pour les familles, notre guide sur la communication dans les situations complexes en EHPAD propose des repères pratiques. Les enjeux soulevés par ces décisions d'orientation, en particulier lorsque le résident ou son entourage exprime des réticences, rejoignent également les questions traitées dans notre page consacrée à l'accompagnement éthique des décisions d'admission.
Une trajectoire de développement à suivre au niveau national
Le déploiement de ces nouvelles structures s'inscrit dans une programmation budgétaire pluriannuelle plus large, portée par la même loi, qui ne se limite pas aux maisons d'accompagnement et de soins palliatifs. Parmi les axes de financement qu'elle énumère figure celui consistant, en poursuivant l'objectif d'atteindre un minimum de deux unités par région avant le 31 décembre 2030, et aux créations de maisons d'accompagnement et de soins palliatifs. Cet objectif ne constitue pas une règle isolée à retenir hors contexte : il s'agit d'un point parmi d'autres d'un programme pluriannuel de financement de l'offre de soins palliatifs, dans lequel s'inscrit également l'expérimentation réunionnaise.
Pour le médecin coordonnateur, ce mouvement national signifie que l'offre de recours en soins palliatifs, aujourd'hui inégale selon les territoires, a vocation à s'étoffer dans les années à venir. Suivre l'évolution de ce type de dispositif, y compris hors de sa propre région, permet d'anticiper les nouvelles options d'orientation qui pourraient devenir disponibles pour les résidents dont la prise en charge palliative ne peut plus être assurée à domicile ni justifier une hospitalisation en unité spécialisée.