EHPAD : le nouveau kit de vaccination hivernale de l'ARS Île-de-France

Clinique & protocoles · Publié le · 7 min de lecture

Face à une couverture vaccinale estimée à 49,6 % chez les personnes à risque ciblées par la vaccination, loin de l'objectif de 75 % fixé par l'OMS, l'ARS Île-de-France met à disposition son kit régional de prévention des infections respiratoires hivernales. Pour le médecin coordonnateur, ce nouvel outil arrive à point nommé pour structurer, dès maintenant, la campagne vaccinale de son établissement.

Un taux de couverture qui reste loin de l'objectif fixé par l'OMS

Le constat est sans appel : l'épidémie de grippe a été particulièrement marquée en France par un fort impact hospitalier et une hausse importante de la mortalité en début d'année, selon Santé publique France. Une situation qui s'ajoute à une couverture vaccinale estimée à 49,6 % chez les personnes à risque ciblées par la vaccination, loin de l'objectif de 75 % fixé par l'OMS. C'est ce double constat qui a conduit l'ARS Île-de-France à publier un nouvel outil d'accompagnement pour les établissements franciliens.

Le contenu du kit régional, pensé pour l'organisation terrain

Concrètement, le kit comprend plusieurs outils opérationnels que le médecin coordonnateur peut intégrer directement à l'organisation de son établissement :

  • Une frise chronologique pour planifier les actions de la campagne, du repérage des résidents à risque jusqu'au bilan de fin de saison.
  • Fiche 3. Recueil des indicateurs, pour suivre l'avancement de la couverture vaccinale au sein de l'établissement.
  • Fiche 4. Mesures barrières, en complément de la vaccination.
  • Fiche 5. Communication, pour informer résidents, familles et équipes.
  • Annexe 1. Tableau de suivi des cas infections respiratoires aiguës, à tenir à jour tout au long de l'hiver.
  • Annexe 2. Tableau de suivi vaccination antigrippale, pour objectiver la progression de la couverture.
  • Un Questionnaire refus de vaccination contre la grippe, utile pour tracer et documenter les refus des résidents ou de leur entourage.
  • Des outils « Vrai-Faux » pour répondre aux idées reçues sur la vaccination, mobilisables en réunion d'équipe ou en entretien avec les familles.

Pour le médecin coordonnateur, l'intérêt de ce kit tient moins à son contenu individuel qu'à sa cohérence d'ensemble : il couvre la totalité du cycle, de la planification au suivi des indicateurs, avec des supports directement utilisables sans travail de mise en forme supplémentaire.

Une anticipation jugée d'autant plus nécessaire après un été sous tension

Après un été marqué par des épisodes caniculaires exceptionnels durant lesquels les établissements sanitaires et médico-sociaux ont été fortement mobilisés, l'ARS Île-de-France insiste sur la nécessité d'anticiper les tensions liées aux épidémies saisonnières. L'agence rappelle que l’anticipation et la prévention seront essentielles pour limiter l’impact des infections respiratoires hivernales et réduire les formes graves et les hospitalisations évitables.

Résidents ou professionnels : deux logiques vaccinales bien distinctes pour la HAS

Publié quelques semaines avant le déploiement du kit francilien, l'avis de la Haute Autorité de santé distingue clairement deux publics. Pour les résidents, la vaccination antigrippale reste recommandée pour les 65 ans et plus en collectivité : la HAS considère que la vaccination antigrippale pour les personnes de 65 ans et plus vivant en collectivité doit rester recommandée sans devenir obligatoire, en s'appuyant notamment sur le taux de couverture vaccinale déjà élevé des personnes de 65 ans et plus résidant en collectivité (82,7 %), supérieur au seuil de 75% recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Pour les professionnels, en revanche, la HAS change de registre : elle recommande en revanche la mise en place d’une obligation vaccinale contre la grippe pour l'ensemble des professionnels de santé, ainsi que pour les autres professionnels travaillant dans les établissements de santé ou dans les établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées, avec un ciblage précis pour les soignants en contact avec des personnes à risque de grippe sévère, avec un déploiement prioritaire en Ehpad et en USLD. Le médecin coordonnateur qui souhaite approfondir l'obligation vaccinale ciblée pour les professionnels trouvera dans cet avis le détail du calendrier de déploiement envisagé.

Le poids sanitaire de la grippe qui justifie cette approche différenciée

La grippe a ainsi été à l'origine d'environ 53 000 hospitalisations dont 26 500 chez les 65 ans et plus en 2023-2024, puis de 92 000 hospitalisations et d’un excès de mortalité d’environ 17 000 décès en 2024-2025. Neuf décès sur dix concernent des personnes de 65 ans et plus, et principalement celles de 75 ans et plus.

Cette vulnérabilité s'explique aussi par un facteur biologique : chez les résidents les plus âgés, les écarts d'efficacité pouvant aller selon les années de 20 à 40 points par rapport à une population plus jeune, un phénomène lié à l'affaiblissement du système immunitaire avec l'âge.

Pourquoi la vaccination des résidents ne suffit pas, à elle seule, à protéger l'EHPAD

Autre enseignement de l'avis de la HAS, qui éclaire directement la stratégie à adopter en établissement : la couverture vaccinale élevée des résidents (82,7 %) ne suffit pas à empêcher la survenue fréquente d'épisodes grippaux (cluster) en Ehpad associée à un risque élevé de formes graves et de mortalité chez les résidents (6% vs 0,1% pour les soignants). Un écart de mortalité qui souligne le rôle protecteur, pour les résidents eux-mêmes, de la vaccination des équipes : Plusieurs études, spécifiques aux Ehpad, montrent que la vaccination des professionnels contribue à protéger les résidents, en réduisant les infections respiratoires et la mortalité.

Cette conclusion est d'autant plus déterminante qu'aucune étude n'a identifié d’alternative à la vaccination permettant de diminuer l’incidence de la grippe en établissement de soin ou en Ehpad, les mesures barrières restant un complément et non un substitut. Une donnée à mettre en regard de la structure de la population accueillie, où 75% des résidents ont 75 ans et plus, ce qui explique le déploiement prioritaire de l'obligation vaccinale des professionnels annoncé pour les Ehpad et les USLD.

Professionnels : une couverture qui stagne, malgré des précédents internationaux probants

Sur le terrain, le principal point de friction reste la vaccination des équipes. Or, les couvertures vaccinales antigrippales des professionnels n'augmentent pas et restent largement insuffisantes (20 % en établissement de santé et 21 % en Ehpad au cours de la saison 2024-2025). Un constat que la HAS relie directement à l'enjeu de protection des résidents : Ces données incitent à augmenter rapidement la couverture vaccinale des professionnels exerçant en Ehpad, insuffisante depuis de nombreuses années (21 % en 2024-25).

Pourtant, des précédents existent : des expériences étrangères (Finlande et Etats-Unis) qui ont démontré l'efficacité rapide et durable d'une obligation vaccinale antigrippale des professionnels pour augmenter les taux de vaccination à des niveaux supérieurs à 90% plaident, selon la HAS, en faveur de la mesure envisagée pour les Ehpad et les USLD.

Calendrier : ce que le médecin coordonnateur peut engager dès maintenant

Les campagnes de vaccination contre ces virus ont débuté le 14 octobre 2025 pour toutes les personnes ciblées par les recommandations. Sur le plan national, l'enquête annuelle de couverture vaccinale menée par Santé publique France auprès des résidents et des professionnels des ESMS suit un calendrier propre : Cette enquête a lieu du 2 au 22 mars 2026, avec des résultats attendus au début de l'automne suivant. Pour le médecin coordonnateur, cet écart de calendrier est un argument de plus pour ne pas attendre les chiffres nationaux et s'appuyer, dès maintenant, sur les tableaux de suivi internes du kit régional pour objectiver sa propre couverture vaccinale, résidents comme professionnels.

Un déploiement progressif de l'obligation, hors Ehpad et USLD

Pour les établissements autres que les Ehpad et les USLD, où le déploiement de l'obligation vaccinale des professionnels est jugé prioritaire, la HAS recommande un déploiement progressif sur une période de deux ans renouvelables un an, dans un cadre concerté, afin de garantir la faisabilité et l'acceptabilité de la mesure. Une gradation qui laisse un temps d'appropriation aux équipes, mais qui ne dispense pas les Ehpad, considérés comme prioritaires, d'engager sans attendre le travail de sensibilisation et de traçabilité que permet précisément le nouveau kit francilien.

Structurer la campagne à l'échelle de l'établissement

Au-delà des outils fournis par l'ARS Île-de-France, plusieurs leviers relèvent directement de l'organisation interne. Le repérage des résidents à risque de formes graves peut s'appuyer sur les mêmes logiques que celles déjà mobilisées pour les protocoles de gestion des risques gériatriques de l'établissement. Le suivi des refus de vaccination, lui, gagne à être documenté avec la même rigueur que celle appliquée à la boîte à outils de l'ARS sur la iatrogénie médicamenteuse, autre chantier porté par l'agence régionale auprès des équipes soignantes.

Concrètement, la campagne vaccinale de l'hiver peut s'articuler en trois temps pour le médecin coordonnateur : la planification, à partir de la frise chronologique du kit, pour caler les séances de vaccination avec le calendrier des professionnels libéraux intervenant dans l'établissement ; le suivi, via les tableaux dédiés aux infections respiratoires aiguës et à la vaccination antigrippale, pour objectiver en continu la progression de la couverture ; et la communication, à destination des résidents, des familles et des équipes, en s'appuyant sur les outils de sensibilisation fournis pour lever les réticences les plus courantes.

Sources officielles