La DREES a publié des premiers résultats provisoires sur les aides sociales départementales aux personnes âgées. Pour la première fois depuis plusieurs années de hausse continue, le nombre d'aides à domicile aux personnes âgées diminue de 0,8 % sur un an, pour atteindre 837 000 bénéficiaires. Un signal que le médecin coordonnateur ne peut ignorer, alors que la réforme tarifaire des EHPAD entre en phase d'expérimentation.
Les chiffres de la DREES : une inflexion inédite dans l'aide sociale départementale
La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques a publié le 03/09/2026 ses premiers résultats provisoires sur les aides sociales départementales aux personnes âgées. Ils sont publiés de façon avancée par rapport au calendrier habituel de diffusion et sont provisoires. Ces résultats s'appuient sur Les données brutes transmises par les 95 conseils départementaux ayant répondu à l'enquête, un panel suffisamment large pour donner à ces premières tendances une portée nationale.
Sur l'ensemble des dispositifs suivis, le mouvement est homogène et oriente à la baisse pour la première fois depuis plusieurs années de croissance continue :
- le nombre d'aides à domicile aux personnes âgées diminue de 0,8 % sur un an, pour atteindre 837 000 bénéficiaires
- Le nombre de bénéficiaires de l'APA à domicile payés au titre du mois de décembre 2025, baisse pour sa part de 0,7 %, après plusieurs années de croissance, pour s'établir à 820 600
- Quant au nombre de personnes âgées bénéficiaires d’une aide-ménagère, il diminue de 5,9 %, et s’élève à 16 500 bénéficiaires fin 2025
- Le nombre de droits ouverts à l'aide sociale à l'hébergement diminue de 1,7 %, pour s'établir à 112 800 droits ouverts
- celui des aides à l'accueil par des particuliers recule de 4,2 %, pour atteindre 1 300 bénéficiaires fin 2025
Point de méthode important pour le lecteur médical : les informations relatives à l'APA en établissement ne sont plus disponibles à partir de 2025 à la suite de l'expérimentation de la fusion des tarifs soins et dépendance dans certains Ehpad. Cette rupture de série statistique n'est pas anodine : elle signe, dans les données elles-mêmes, l'entrée en vigueur d'un nouveau régime tarifaire dans une partie du territoire. Pour approfondir le cadre budgétaire dans lequel s'inscrivent ces évolutions, notre page dédiée au financement et à la tarification des EHPAD détaille les mécanismes de calcul en vigueur.
Ce que ces chiffres révèlent pour le profil des résidents admis en EHPAD
Une baisse simultanée des bénéficiaires de l'aide à domicile, de l'APA à domicile et de l'aide-ménagère ne se lit pas comme une amélioration de l'autonomie de la population âgée. Elle traduit plus vraisemblablement une tension sur l'instruction des dossiers, sur les capacités d'intervention à domicile et, in fine, sur les conditions d'accès aux dispositifs de maintien à domicile. Pour le médecin coordonnateur, ce mouvement mérite d'être suivi comme un indicateur amont : lorsque le soutien à domicile se raréfie ou se complexifie, les entrées en établissement tendent à se faire dans un état de dépendance plus avancé, avec des comorbidités plus installées et des situations sociales déjà fragilisées au moment de l'admission.
Le recul parallèle des droits ouverts à l'aide sociale à l'hébergement va dans le même sens : moins de droits ouverts ne signifie pas moins de besoin, mais potentiellement moins de familles en mesure de faire valoir ce droit dans de bonnes conditions, ou des parcours d'admission plus tardifs. Ce signal invite à une vigilance accrue sur le profil de dépendance et sur le niveau de charge en soins des résidents nouvellement admis, dès l'évaluation gériatrique d'entrée et la révision du projet de soins personnalisé.
La fusion expérimentale des tarifs soins et dépendance : un changement de cadre en cours
La loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2024, modifiée par la LFSS 2025, prévoit la mise en œuvre d'une expérimentation visant à simplifier la tarification des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Ce chantier réglementaire touche directement les trois budgets qui structurent le financement d'un établissement : le budget « soins », intégralement à la charge de la branche Autonomie, sert à financer le personnel soignant et les équipements médicaux ; le budget « dépendance », financé majoritairement par les départements et en partie par les résidents, sert aux prestations d'aide et de surveillance des personnes âgées en perte d'autonomie ; enfin le budget d'hébergement (hôtellerie, restauration, animation...) est à la charge du résident qui, en fonction de sa situation financière, peut percevoir des aides publiques.
L'article 82 de la LFSS 2025, qui modifie l'article 79 de la LFSS 2024, prévoit une expérimentation de la fusion des forfaits globaux soins et dépendance des EHPAD, y compris les petites unités de vie (PUV), et des unités de soins de longue durée (USLD) dans certains départements expérimentateurs. Concrètement, dans les établissements engagés dans le dispositif, un forfait global unique relatif aux soins et à l'entretien de l'autonomie est mis en place, ce que confirme également le texte réglementaire d'application, pour lequel les établissements concernés bénéficient : 1° D'un forfait global unique relatif aux soins et à l'entretien de l'autonomie.
Côté résident, le changement porte aussi sur la participation financière, avec une participation forfaitaire unique des résidents, qui vient remplacer le ticket modérateur (tarif GIR 5-6), et la suppression de la participation du résident en fonction des ressources au-delà du tarif GIR 5-6. Autre bascule structurante pour les équipes : la suppression de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) en établissement pour les départements expérimentateurs, à laquelle s'ajoute la simplification des modalités de calcul du tarif hébergement par jour pour les résidents de moins de 60 ans. Le décret d'application de ce nouveau cadre est le Décret n° 2025-168 du 20 février 2025 relatif au financement des établissements participant à l'expérimentation prévue par l'article 79 de la loi n° 2023-1250 du 26 décembre 2023 de financement de la sécurité sociale pour 2024, dont l'objet rappelle que l'article 79 de la loi n° 2023-1250 du 26 décembre 2023 de financement de la sécurité sociale pour 2024 prévoit une expérimentation de la fusion des sections « soins » et « dépendance ».
Cette expérimentation sera conduite sur une période de 18 mois, du 1er juillet 2025 au 31 décembre 2027, et concernera 23 départements volontaires ayant transmis leur candidature au plus tard le 15 novembre 2024. Un calendrier resserré qui laisse peu de place à l'improvisation pour les établissements situés dans les territoires concernés, et qui doit être anticipé dès à présent par les équipes de direction et les médecins coordonnateurs, y compris dans les départements non encore engagés, tant les arbitrages nationaux à venir pourraient s'appuyer sur ce retour d'expérience. Notre article sur la campagne budgétaire des EHPAD et ses effets pour le médecin coordonnateur détaille par ailleurs le calendrier des procédures budgétaires dans lequel s'inscrit cette réforme.
Ce que le médecin coordonnateur doit anticiper dans son pilotage médico-économique
Pour le médecin coordonnateur, l'articulation entre ces deux mouvements — recul de l'aide sociale à domicile et à l'hébergement d'un côté, réforme tarifaire expérimentale de l'autre — appelle une vigilance renforcée sur le reste à charge des familles. Les outils publics existent pour objectiver cette charge : Depuis 2016, les EHPAD transmettent les prix pratiqués à la CNSA par l'intermédiaire d'une plateforme numérique accessible par internet, alimentant notamment un comparateur des prix des EHPAD et un simulateur des restes à charge mis à disposition des familles. Le médecin coordonnateur a intérêt à s'approprier ces outils pour objectiver, en amont de l'admission, la soutenabilité financière du projet de vie du futur résident et anticiper les situations où un accompagnement social renforcé sera nécessaire.
Dans les territoires engagés dans l'expérimentation de fusion tarifaire, la disparition de l'allocation personnalisée d'autonomie en établissement change également la nature du dialogue avec les familles au moment de l'admission : les repères tarifaires habituels ne s'appliquent plus de la même façon, ce qui suppose une explication pédagogique renforcée de la part des équipes médicales et administratives. Ce contexte de tension budgétaire fait écho aux constats déjà documentés sur les difficultés financières des EHPAD et leurs conséquences pour le médecin coordonnateur, ainsi qu'à notre analyse sur ce que la base DREES des places habilitées à l'aide sociale change en EHPAD.
Sur le plan clinique et organisationnel, trois points de vigilance se dégagent pour les prochains mois :
- suivre l'évolution du profil de dépendance moyen des nouveaux résidents, en lien avec la raréfaction annoncée du soutien à domicile ;
- documenter systématiquement, dans le dossier médical, les éléments justifiant le niveau de dépendance à l'admission, dans un contexte où les circuits de financement se complexifient ;
- se rapprocher de la direction et du service social de l'établissement pour évaluer, au cas par cas, l'impact du nouveau cadre tarifaire — là où il s'applique — sur la participation financière des familles.
Ce pilotage médico-économique s'inscrit plus largement dans les missions de coordination du médecin coordonnateur, détaillées sur notre page consacrée aux missions du médecin coordonnateur en EHPAD.
Sources officielles
Cet article s'appuie sur les publications suivantes :
- DREES — données provisoires sur les aides sociales à domicile et en établissement aux personnes âgées.
- CNSA — présentation de la réforme de la tarification des EHPAD et de l'expérimentation en cours.
- Légifrance — décret d'application relatif au financement des établissements participant à l'expérimentation.