Canicule 2026 : le bilan de Santé publique France et la vigilance en EHPAD

Clinique & protocoles · Publié le · 6 min de lecture

Santé publique France a publié son bilan de l'épisode de canicule du 27 juillet au 20 août 2026 : un excès de mortalité toutes causes estimé à 817 décès, dont 751 chez les personnes de 75 ans et plus. Pour le médecin coordonnateur, ce bilan national ne dit rien de la mortalité en EHPAD en tant que telle, mais il vient documenter la population la plus exposée à la chaleur — celle-là même qui compose l'essentiel des effectifs résidents. Il rappelle, en creux, l'exigence de vigilance clinique qui s'attache à ce rôle pendant les épisodes de forte chaleur.

Un épisode de canicule exceptionnel sur l'ensemble du territoire

Le bulletin publié par Santé publique France revient sur l'ampleur géographique et temporelle de l'épisode. 79 départements de l’ensemble des régions hexagonales ont été concernés par cet épisode de canicule, soit 89 % de la population hexagonale. Sur la durée, cet épisode, à l’échelle nationale, a été particulièrement long et égale la plus longue vague de chaleur jamais observée (juillet 1983). Face à cette ampleur géographique et cette durée exceptionnelle, la vigilance canicule ne peut pas se limiter à une consigne ponctuelle : elle s'appuie sur des indicateurs officiels que le médecin coordonnateur doit surveiller en EHPAD tout au long de la période à risque. Un épisode aussi étendu et aussi long expose l'ensemble des services d'un établissement — hébergement, restauration, animation — et pas seulement le service de soins.

Une surmortalité qui touche avant tout les personnes âgées

Sur le plan sanitaire, au moins 817 décès toutes causes en excès (+ 5,2 %) ont été estimés, une estimation établie sur la base des 16 552 décès toutes causes observés et des 15 735 décès toutes causes attendus sur la période. Cet excès de mortalité toutes causes concerne quasi-exclusivement les personnes âgées de 75 ans et plus, avec au moins 751 décès en excès (+ 6,7 %) dans cette tranche d'âge. Le bulletin national ne fournit pas de répartition par type d'hébergement ni de chiffre propre aux EHPAD : c'est la classe d'âge qu'il documente, celle des 75 ans et plus, qui recoupe directement le profil des résidents accueillis en établissement — un rapprochement qui relève de la lecture clinique du médecin coordonnateur, non d'une donnée détaillée dans le bulletin lui-même. Cette absence de ventilation par type d'établissement invite à la prudence dans la communication interne : présenter ce bilan national comme une mesure directe de la mortalité en EHPAD irait au-delà de ce que le bulletin établit.

Une répartition géographique inégale entre régions

L'excès de mortalité n'a pas été uniforme sur le territoire : Toutes les régions ont été concernées par un excès de mortalité toutes causes à l’exception de la Normandie et de l’Occitanie. La région la plus concernée par un excès de mortalité toutes causes est la région Bourgogne-Franche-Comté, avec 140 décès toutes causes en excès (+ 10,3 %). Pour un établissement situé dans une région davantage exposée, cette hétérogénéité régionale renforce l'intérêt de comparer son propre bilan d'incidents de chaleur à celui détaillé dans le bilan de la SFGG et ce qu'il change pour le plan bleu en EHPAD.

Méthodologie et limites du bilan

Santé publique France encadre ses propres résultats de plusieurs réserves méthodologiques que le médecin coordonnateur doit garder en tête avant de les citer en interne. Ces premières estimations sont établies 3 semaines après la fin de la période de canicule étudiée (27 juillet au 20 août). Elles sont issues de données de mortalité toutes causes non consolidées recueillies par l’INSEE, avec des données arrêtées le 15 septembre. Le nombre de décès toutes causes observés durant cet épisode est resté à un niveau plus élevé par rapport à début juin pour tous les types de lieux de décès, note également le bulletin. Cette première estimation pour la période du 27 juillet au 20 août 2026 complète les estimations non consolidées déjà publiées pour la saison estivale. Ces réserves invitent à traiter le chiffre de surmortalité comme un ordre de grandeur consolidable, pas comme un décompte définitif. Pour le médecin coordonnateur qui doit motiver une décision de vigilance renforcée auprès de sa direction, cette prudence méthodologique n'enlève rien à l'utilité du bilan : elle en précise seulement les limites d'interprétation.

Ce que la HAS demande au médecin coordonnateur en cas de canicule

Le bulletin de Santé publique France documente un excès de mortalité national ; il revient au médecin coordonnateur de traduire ce constat en vigilance clinique dans son établissement. La Haute Autorité de santé rappelle que les personnes hébergées en établissement médico-social ne sont pas à l’abri de coups de chaleur (hyperthermies), déshydratations et hyponatrémies, qui peuvent avoir de graves conséquences. Elle recommande aux résidents de boire au moins 1,5 litre d’eau par jour, manger frais et équilibré (pour éviter une hyponatrémie), porter des vêtements adaptés, se mouiller le corps et se ventiler, tandis qu’elle demande aux professionnels de repérer les personnes les plus vulnérables : jeunes enfants, personnes âgées, atteintes d’une maladie chronique (y compris psychiatrique) et/ou en situation de handicap.

Sur le plan de la gouvernance clinique, la HAS précise : En établissement médico-social, ces consignes doivent être validées par le médecin coordonnateur — un rôle détaillé sur la page Missions du médecin coordonnateur. Sur le plan médicamenteux, la HAS formule une consigne claire : Ne pas donner par défaut d’aspirine ou de paracétamol, qui peuvent aggraver de potentielles atteintes rénales (déshydratation) ou hépatiques (coup de chaleur). Lorsque la température des chambres reste élevée, elle préconise de mettre à disposition une « zone refuge » pour permettre à chaque personne de passer au moins 3 heures par jour dans une pièce rafraîchie, dans le cadre du protocole détaillé par le bilan de la SFGG et ce qu'il change pour le plan bleu en EHPAD, l'établissement devant par ailleurs élaborer et mettre à jour les plans blanc et bleu. Enfin, la HAS invite à réévaluer la balance bénéfices/risques des médicaments susceptibles d’altérer l’adaptation de l’organisme à la chaleur, selon les recommandations de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), un travail de réévaluation détaillé dans notre article sur les classes médicamenteuses à réévaluer en EHPAD.

Ce que le médecin coordonnateur doit retenir pour la vigilance en EHPAD

Le bilan de Santé publique France ne mesure pas la mortalité au sein des EHPAD : il mesure la mortalité toutes causes à l'échelle nationale, avec une surreprésentation nette des personnes de 75 ans et plus, tranche d'âge qui recouvre une large part des résidents accueillis en établissement. C'est ce recoupement, propre à la lecture clinique du secteur médico-social, qui donne son relief au bilan pour le médecin coordonnateur — non une donnée que le bulletin publierait lui-même sur les établissements. Dans ce contexte, les procédures existantes gagnent à être vérifiées avant chaque nouvel épisode : validation formelle des consignes d'hydratation et de repérage des personnes vulnérables, actualisation des plans blanc et bleu, et réévaluation, avec le pharmacien et le prescripteur, des traitements susceptibles d'altérer l'adaptation à la chaleur. Ce travail de vérification s'articule avec le suivi des indicateurs officiels de la période estivale et avec les enseignements tirés, saison après saison, des bilans successifs publiés par les autorités sanitaires. Pour le médecin coordonnateur, l'enjeu n'est pas de commenter le chiffre national mais de s'assurer que chaque maillon de la chaîne de vigilance — repérage des résidents à risque, hydratation tracée, zone rafraîchie disponible, traitements réévalués — reste opérationnel avant que ne survienne le prochain épisode de forte chaleur.