Le ministère chargé de la Santé et la Haute Autorité de Santé ont présenté la nouvelle feuille de route nationale consacrée à la sécurité des patients et des résidents. Le texte ne nomme pas le médecin coordonnateur, mais son cadre de priorités — travail en équipe, retours d'expérience, place du résident — peut nourrir sa réflexion sur ses propres pratiques en EHPAD.
Un cadre national renouvelé pour la sécurité des soins
La direction générale de l'offre de soins a présenté la nouvelle version de la feuille de route nationale consacrée à la sécurité des patients et des résidents. Cette feuille de route se présente ainsi : « structurée autour de 3 objectifs transversaux et 5 axes de travail, déclinés en 26 actions ». Cette actualisation s'inscrit dans la continuité d'une première étape déjà engagée : « La feuille de route nationale « Sécurité des patients et des résidents » engagée en 2023 », puis relancée après un premier bilan : « Après une première période (2023 - 2025 ) qui a permis de structurer une dynamique collective, de développer des outils et des démarches en faveur de la sécurité des patients et de renforcer la mobilisation des acteurs, la feuille de route a été renouvelée sur la période 2026 -2028 . » Elle se rattache également à des démarches plus anciennes encore : « assurer la continuité des plans et programmes précédents, notamment le programme national pour la sécurité des patients (PNSP) 2013-2017 ».
Sur le fond, l'ambition affichée reste stable dans le temps : « a pour finalité de réduire la part évitable des événements indésirables associés aux soins et d'améliorer la sécurité des prises en charge ». « Elle vise pour cela à développer une culture de sécurité partagée entre professionnels, patients et résidents et à coordonner les actions conduites aux niveaux national, régional et local. » Une place particulière est accordée à plusieurs dimensions complémentaires : « Elle accorde une attention particulière à l'évaluation des résultats et de l'impact des actions, au développement de la culture de sécurité, au travail en équipe, au retour d'expérience »
Qui pilote la mise en œuvre sur le terrain
Le portage institutionnel reste collectif : « Pilotée par la Direction générale de l'offre de soins (DGOS), la mise en oeuvre de cette feuille de route repose sur une mobilisation collective des acteurs concernés. » Chaque axe de travail est confié à un ou plusieurs coordonnateurs désignés : « Les actions sont portées et pilotées par les coordonnateurs des différents axes : la Haute Autorité de santé (HAS), la Direction générale de la santé (DGS) et l'ARS Bourgogne-Franche-Comté », auxquels s'ajoutent d'autres pilotes : « la Fédération des organismes régionaux et territoriaux pour l'amélioration des pratiques en santé (FORAP), la Direction générale de l'offre de soins (DGOS) et France Assos Santé »
La gouvernance d'ensemble associe un large éventail d'acteurs institutionnels et professionnels : « Le comité de pilotage chargé de la conception et du suivi de la feuille de route 2026-2028 se compose d’agences régionales de santé, de l'Assurance maladie, de la DGOS, de la Direction générale de la santé », ainsi qu'« de la Fédération des organismes régionaux et territoriaux pour l'amélioration des pratiques en santé (FORAP), de France Assos Santé, de la HAS, ainsi que d'experts, de syndicat et de fédérations (SYNERPA, FHF, FEHAP, FHP, UNICANCER). » Le détail de cette organisation figure sur la page que la Haute Autorité de Santé consacre à ces feuilles de route. Pour le médecin coordonnateur, dont les missions en établissement sont présentées en détail sur une page dédiée, cette architecture à plusieurs échelons signifie que les orientations nationales redescendent via l'agence régionale de santé et les fédérations professionnelles auxquelles son établissement est rattaché.
Le travail en équipe, un axe qui parle au quotidien du coordonnateur
Parmi les priorités affichées, l'axe consacré au travail en équipe occupe une place de choix : « Valoriser et accompagner le travail en équipe et les temps collectifs sur l'ensemble du parcours ». Sa coordination est confiée à un pilote identifié : « La HAS coordonne l’axe 1 de la feuille de route sur le travail en équipe et les temps collectifs (avec l'AFDS entre 2023 et 2025). »
Plusieurs leviers concrets s'inscrivent dans cette orientation. Le premier consiste à poursuivre des dispositifs déjà connus des équipes : « poursuivre le déploiement du programme d’amélioration du travail en équipe (Pacte) ou tout autre programme équivalent de la promotion du travail en équipe », complété par un travail de sensibilisation : « Réalisation de sessions de sensibilisation au Crew resource management (CRM) Santé » Un autre levier consiste à mieux faire connaître les démarches existantes : « valoriser l'accréditation des médecins et des équipes médicales » — un point que le médecin coordonnateur peut relayer localement s'il est lui-même engagé dans une telle démarche. Enfin, l'axe encourage la tenue de temps d'échange dédiés à la gouvernance : « inciter au déploiement des rencontres sécurité pour impliquer la gouvernance », des rencontres désormais mises en avant dans les référentiels de certification : « Mise en avant des rencontres sécurité dans la certification des établissements de santé (critère standard 3.1-02 du manuel 2025 ) » Ces rencontres, lorsqu'elles portent sur des situations à risque propres aux résidents âgés, peuvent s'articuler avec les protocoles cliniques déjà suivis dans l'établissement.
Capitaliser sur l'expérience et cibler les situations à risque
Deux autres axes complètent ce dispositif. Le premier consiste à mutualiser les enseignements tirés du terrain : « Capitaliser sur les retours d'expérience ». Le second cible des thématiques identifiées comme prioritaires : « Poursuivre des actions ciblées pour certaines thématiques » Un axe distinct, qui ne relève pas des priorités présentées ci-dessus, porte spécifiquement sur le signalement : « Agir sur la sous-déclaration des événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) » — un sujet que ce site a déjà traité à travers le bilan de la HAS sur les EIGS en EHPAD et l'outil dédié aux EIGS en fin de vie, sans qu'il soit utile d'y revenir ici.
La participation du résident et de ses proches à la sécurité des soins
Le dispositif accorde aussi une place à la personne accompagnée elle-même, « à la sécurisation de certaines situations à risque et à l'implication des patients dans la sécurité de leurs soins. » L'axe qui y est consacré ambitionne d'aller plus loin : « Promouvoir la place du patient et de ses proches pour améliorer la sécurité », notamment en associant directement les patients au fonctionnement des équipes : « associer les patients en tant que membres de l’équipe (HAS/IFEP/Ministère de la santé) » Cette orientation s'est déjà traduite par une initiative de sensibilisation : « Organisation du défi patient « Et chez vous, comment le patient participe-t-il à la sécurité de ses soins ? » » — un format qui peut aussi inspirer une réflexion locale sur l'association des résidents et de leurs proches à la démarche qualité de l'établissement.
Communiquer, former, évaluer : les leviers transversaux à suivre
Ces axes de travail sont doublés d'objectifs transversaux, présentés comme autant de leviers communs. Le premier consiste à mieux faire connaître la démarche : « Communiquer auprès des professionnels et des usagers ». Le second porte sur la montée en compétences : « Former les professionnels et les patients à la culture de sécurité », un enjeu de formation continue qui concerne directement l'encadrement médical des établissements. Le troisième vise à objectiver les résultats obtenus : « Évaluer les résultats et l'impact des actions en faveur de la sécurité des patients ». Plus largement, l'ambition de fond reste inchangée : « renforcer la culture de sécurité chez les soignants »
Pour le médecin coordonnateur, cette feuille de route ne crée aucune obligation qui lui soit spécifiquement adressée : ni le document ministériel ni la page de la Haute Autorité de Santé ne mentionnent sa fonction. Elle offre malgré tout un cadre de référence utile pour situer les initiatives déjà conduites dans l'établissement — réunions de coordination, retour sur incidents, association des résidents aux décisions — au sein d'une dynamique nationale plus large. Il peut être utile, à l'occasion d'une prochaine réunion de coordination gériatrique, de vérifier comment les pratiques de l'établissement se situent au regard des priorités présentées ici, en particulier celles qui touchent au travail en équipe et à la place donnée aux résidents.