Cet article présente d'abord la page de l'ANSM consacrée à la tension d'approvisionnement sur un dosage de quétiapine à libération prolongée : mesures de gestion, préparations magistrales, précautions de relais. Il pose ensuite, dans une partie distincte, quelques questions de coordination pour un EHPAD ; ce rapprochement est le nôtre, non celui de l'ANSM.
Ce que dit la page de l'ANSM sur la disponibilité
Une précision de lecture avant de commencer. Nous reprenons ici la page de l'ANSM à la lettre, et nous n'y attribuons aucune consigne propre aux EHPAD, aux résidents ou au médecin coordonnateur. Les extraits cités ci-dessous sont reproduits tels qu'ils figurent sur la page, avec à chaque fois l'interlocuteur visé : médecins, pharmaciens ou patients. Tout ce qui touche à la vie d'un établissement est renvoyé à une partie séparée, en fin d'article.
Sur l'indisponibilité, la page indique : « Des retards de fabrication affectent la disponibilité en quétiapine à libération prolongée (LP) 50 mg à partir de la mi-octobre 2026. » Elle précise également : « À ce stade, la date de retour à la normale des approvisionnements pour ce dosage n’est pas connue. »
À propos des autres présentations, on lit : « La couverture en quétiapine LP 300 mg et LP 400 mg reste assurée. » Nous n'ajoutons aucune estimation de calendrier ni aucune extrapolation : sur ces points, seuls ces extraits font foi.
Pour une autre situation de tension, construite avec la même séparation entre lecture de la source et questions de coordination, vous pouvez consulter notre article sur le furosémide.
Ce que l'ANSM demande aux médecins
Les extraits qui suivent s'adressent aux prescripteurs en général. La page formule la demande en ces termes : « Nous demandons également aux médecins de ne pas initier de nouveau traitement par quétiapine LP 50 mg, sauf en cas d’épisode dépressif caractérisé dans le cadre d’un trouble bipolaire. »
Dans l'information destinée aux médecins, on retrouve : « N’initiez pas de nouveau traitement par quétiapine LP 50 mg lorsqu’une alternative thérapeutique appropriée est disponible, sauf en cas d’épisode dépressif caractérisé dans le cadre d’un trouble bipolaire. »
S'agissant des patients déjà traités, l'information aux médecins indique : « Pour les patients déjà traités, adaptez la prise en charge si possible en fonction de leur situation (prescription d’alternatives thérapeutiques ou prescription de préparations magistrales). »
Ces citations suffisent à situer les options mentionnées par l'ANSM : ne pas initier, adapter, recourir à une alternative ou à une préparation magistrale. Le choix, pour un patient donné, relève du prescripteur et de sa situation clinique ; cet article ne se prononce pas sur ce choix et reste sans posologie.
Le dispositif de préparations magistrales à libération immédiate
La page décrit un dispositif d'encadrement, dont voici la formulation : « nous remettons en place le dispositif d’encadrement des préparations magistrales de quétiapine à libération immédiate (LI) ». Elle décrit ce dispositif dans un fragment distinct : « qui permet aux pharmaciens de les dispenser en remplacement du médicament prescrit lorsqu’il n’est pas disponible. »
Concernant le cadre de ce remplacement, la page écrit : « à partir du 15/10/2026, en cas d’indisponibilité d’un médicament à base de quétiapine à libération prolongée dosée à 50 mg, le pharmacien peut, à titre exceptionnel et temporaire, la remplacer par une préparation magistrale ». Elle indique aussi : « de quétiapine à libération immédiate dosée à 50 mg LI, 100 mg LI ou 150 mg LI, sans qu’une nouvelle ordonnance soit nécessaire. »
La page comporte en outre un tableau intitulé « Tableau d’équivalence entre la quétiapine à libération prolongée et la quétiapine à libération immédiate ». Une cellule de ce tableau mentionne : « Une gélule de 100mg LI et une gélule de 150mg LI le soir au coucher ». Nous citons cette cellule isolément, comme exemple de la forme du tableau, sans en tirer de correspondance générale : pour toute équivalence, le tableau complet de l'ANSM est la seule référence, et nous vous invitons à vous y reporter directement.
Précautions de relais
Dans les consignes qui concernent les pharmaciens, la page écrit : « Lors d’un premier remplacement pour un patient, vous devez prévenir le médecin par tous les moyens à votre disposition. » À propos de l'ordonnance, elle demande d'y faire figurer la mention préparation magistrale n° (numéro d'ordonnancier) à base de quétiapine en remplacement de la spécialité XXX selon la recommandation de l'ANSM.
Pour le passage d'une forme à l'autre, la page indique que la première dose de quétiapine LI doit être ingérée 24 heures après sa dernière prise de quétiapine LP. Elle ajoute, au sujet de la répartition de la dose : « Pour certains patients il pourra être nécessaire de répartir la dose en deux prises (le matin et le soir). » Et, pour une prise en deux fois : « Si la quétiapine à libération immédiate doit être prise en deux fois, le matin et le soir, rappelez-lui de respecter un intervalle de 12h entre les prises. »
Sur les risques du relais, la page indique que le passage de la forme LP à la forme LI peut dans certains cas entraîner une décompensation psychique. Elle invite aussi les médecins à la prévention : « Nous vous invitions à prévenir vos patients du risque de somnolence et de vertiges avec la forme à libération immédiate. » Parmi les conseils que la page invite à donner aux patients, on lit : « ils ne doivent pas conduire de véhicule ou utiliser des outils ou des machines avant de savoir quels effets ces gélules auront. »
Ces précautions sont celles de l'ANSM, adressées à des prescripteurs, à des pharmaciens et à des patients. Nous ne les transposons à aucune population particulière.
Hors ANSM : le cadre HAS et le médecin coordonnateur, en questions de coordination
Ce qui suit est une analyse éditoriale, distincte de ce qui précède. Le rapprochement est le nôtre, non celui de l'ANSM : la page de l'ANSM ne s'adresse pas aux EHPAD ni au médecin coordonnateur, et nous ne la lisons pas comme telle. Nous mettons simplement en regard deux références générales, sans prétendre qu'elles ont été rédigées pour cette tension.
Dans le document de la HAS consacré à la prise en charge médicamenteuse en EHPAD, figurent notamment ces résultats attendus : « Les traitements médicamenteux sont régulièrement réévalués » et « La prescription de médicaments est appropriée aux personnes âgées ». Le document cite également : « En prévoyant des révisions d’ordonnance (médecin traitant et médecin coordonnateur). Notamment après la survenue de tout événement indésirable ». Un autre extrait, relatif à toute nouvelle prescription, mentionne : « En s’assurant de la compatibilité du nouveau traitement avec la thérapeutique en cours (risque iatrogénique) et l’adaptation des formes galéniques (médecin coordonnateur, pharmacien, médecin prescripteur, IDE) ; »
Du côté du code de l'action sociale et des familles, l'article consacré aux missions du médecin coordonnateur s'ouvre ainsi : « I. - Sous la responsabilité et l'autorité administratives du responsable de l'établissement, le médecin coordonnateur qui assure l'encadrement médical de l'équipe soignante : » Parmi les missions listées par le texte figurent celle-ci : « Veille à l'application des bonnes pratiques gériatriques, y compris en cas de risques sanitaires exceptionnels, formule toute recommandation utile dans ce domaine et contribue à l'évaluation de la qualité des soins ; » ; celle-là : « Coordonne la réalisation d'une évaluation gériatrique et, dans ce cadre, peut effectuer des propositions diagnostiques et thérapeutiques, médicamenteuses et non médicamenteuses. » ; et celle-ci encore : « Contribue auprès des professionnels de santé exerçant dans l'établissement à la bonne adaptation aux impératifs gériatriques des prescriptions de médicaments et des produits et prestations inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 165-1 du code de la sécurité sociale. »
Ces extraits ont une portée générale : nous les rapprochons de cette tension sans leur faire dire plus que ce qu'ils écrivent. Ils peuvent en revanche nourrir des questions, que nous formulons comme telles, sans y répondre. Ce ne sont pas des constats, ni des consignes de l'ANSM, de la HAS ou du texte.
- Pour un résident éventuellement concerné par un changement de forme, par quels circuits l'information d'une indisponibilité parvient-elle, dans votre établissement, au médecin traitant, au pharmacien et à l'équipe soignante ?
- Si un relais est envisagé par les professionnels concernés, comment l'information sur les précautions décrites plus haut est-elle partagée avec les soignants qui assurent le suivi au quotidien ?
- Comment la réévaluation des traitements et la révision d'ordonnance s'organisent-elles concrètement chez vous lorsqu'une spécialité n'est pas disponible ?
- Où et comment sont tracés les changements de présentation d'un traitement, afin que chacun puisse les retrouver lors d'un événement indésirable ?
À titre de navigation uniquement, le site propose des repères dans ses protocoles sur les risques gériatriques, une présentation des missions du médecin coordonnateur et un article sur l'iatrogénie médicamenteuse en EHPAD ; ces pages sont indiquées pour s'orienter, sans lien établi avec cette tension d'approvisionnement.