Cet article présente le point de situation de l’ANSM sur le furosémide en comprimés, puis propose des pistes de coordination médicale à transposer en EHPAD. Il distingue la situation d’approvisionnement des repères de prise en charge médicamenteuse en établissement.
Ce que dit l’ANSM sur la situation d’approvisionnement
Dans son point de situation sur le furosémide en comprimés, l’ANSM commence par rappeler de quoi il s’agit. Le furosémide est un diurétique, c’est-à-dire un médicament qui aide le corps à éliminer l’excès d’eau et de sel. Il est notamment indiqué dans le traitement de l'hypertension artérielle et des œdèmes liés à une insuffisance cardiaque, hépatique ou rénale.
Vient ensuite l’état des lieux. Voici la formulation de la source : « Les médicaments à base de furosémide en comprimés de 20 mg et 40 mg subissent actuellement de fortes tensions d’approvisionnement en raison de difficultés de production rencontrées par les laboratoires Viatris et Zentiva. »
Le point de situation précise également les perspectives, telles que la source les formule. La normalisation des approvisionnements n’est pas attendue avant avril 2027. Concernant l’autre laboratoire cité : « La date de remise à disposition par Zentiva n’est pas connue à ce jour. » Vous pouvez en tirer une prudence de planification : éviter de bâtir une organisation sur une reprise supposée, et suivre la page de l’ANSM pour les mises à jour.
Un autre élément du texte mérite d’être mentionné, car il concerne la chaîne d’approvisionnement : Les autres laboratoires commercialisant des médicaments à base de furosémide compensent depuis plusieurs mois le défaut d’approvisionnement de Viatris. Pour un médecin coordonnateur, un gériatre ou un directeur, ce paragraphe est l’occasion de se demander comment l’information circule entre la pharmacie qui approvisionne l’établissement et les prescripteurs qui interviennent auprès des résidents.
À ce stade, une précaution de lecture s’impose : la suite de cet article propose une transposition à l’EHPAD, présentée comme telle, et jamais comme une consigne de l’agence.
Ce qui est demandé aux laboratoires
Le point de situation décrit d’abord des actions du côté des industriels. Côté laboratoires, l’ANSM met en place des actions avec l’ensemble des laboratoires qui commercialisent ces médicaments à base de furosémide. Trois demandes sont détaillées.
- Sur les volumes : l’ANSM a demandé aux autres laboratoires commercialisant des médicaments à base de furosémide de mettre le maximum de boites en circulation.
- Sur la distribution : Ils doivent aussi limiter les ventes directes aux pharmacies en privilégiant le circuit des grossistes-répartiteurs afin d’assurer une répartition équitable des médicaments sur le territoire.
- Sur l’importation : Les laboratoires concernés par les difficultés, à la demande de l’ANSM doivent identifier des pistes d’importation de médicaments équivalents.
Lisez ces demandes comme des demandes faites aux laboratoires. Elles peuvent toutefois intéresser un établissement sur un point pratique : la répartition entre grossistes-répartiteurs et pharmacies est un sujet à évoquer avec votre pharmacien d’officine ou votre pharmacien référent, afin de savoir comment il s’organise pour continuer à approvisionner l’établissement. Il s’agit là d’une piste de dialogue, non d’un constat sur la situation de votre territoire.
Ce qui est demandé aux médecins prescripteurs
Le cœur du message, pour un lecteur médecin, tient dans deux demandes adressées aux prescripteurs. La première : « Nous demandons aux médecins de limiter les initiations de traitement et de réévaluer la pertinence de poursuivre le traitement par furosémide lors du renouvellement de la prescription. »
La seconde concerne le choix de la molécule : « Si cela est adapté à la situation du patient, nous invitons les médecins à privilégier un autre médicament diurétique. » Le même texte formule l’idée sous une autre forme : l’ANSM invite les prescripteurs à privilégier un autre diurétique quand cela est possible.
Deux points de lecture méritent d’être soulignés, car ils conditionnent la façon dont vous pouvez en parler avec vos confrères. Le premier : les verbes employés sont « demander » et « inviter », pas « imposer ». Le second : la mention de la situation du patient renvoie à une appréciation clinique individuelle. Le choix d’une alternative et d’une posologie relève de la décision du prescripteur, au cas par cas.
Pour les situations où un autre diurétique serait envisagé, le sujet âgé en établissement appelle une réflexion collective. C’est précisément l’objet de la section suivante.
Pistes de coordination en EHPAD : une mise en perspective
Pour la coordination en EHPAD, le repère se trouve dans un autre texte, qui mentionne le médecin coordonnateur : le document de la HAS sur la prise en charge médicamenteuse en EHPAD. Il sert ici de repère de pratique pour une mise en perspective, rien de plus.
Transposé à votre établissement, vous pouvez faire dialoguer les deux sources autour de quelques points concrets.
La révision d’ordonnance
Le repère de la HAS évoque : « En prévoyant des révisions d’ordonnance (médecin traitant et médecin coordonnateur). Notamment après la survenue de tout événement indésirable ». Transposé ici, vous pouvez vous demander si les ordonnances comportant du furosémide figurent dans un calendrier de révision partagé avec les médecins traitants. Si ce n’est pas le cas, une revue ciblée peut offrir un cadre commode pour répondre à la demande de réévaluation au renouvellement.
La réévaluation régulière et la prescription appropriée
Deux résultats attendus figurent dans le même document de la HAS : « Les traitements médicamenteux sont régulièrement réévalués » et « La prescription de médicaments est appropriée aux personnes âgées ». Ils offrent une grille de lecture pour la discussion avec les prescripteurs : la réévaluation demandée par l’ANSM lors du renouvellement peut s’inscrire dans une démarche d’évaluation déjà engagée dans l’établissement, plutôt que de constituer une démarche supplémentaire isolée.
Pour structurer ces échanges, les protocoles sur les risques gériatriques peuvent servir de point d’appui, de même que la boîte à outils sur la iatrogénie médicamenteuse, qui aide à replacer une modification de traitement dans une revue plus large.
La compatibilité après toute nouvelle prescription
Si un prescripteur décide de s’orienter vers un autre diurétique, le même référentiel propose une trame de questions. Il décrit la démarche suivante : « En s’assurant de la compatibilité du nouveau traitement avec la thérapeutique en cours (risque iatrogénique) et l’adaptation des formes galéniques (médecin coordonnateur, pharmacien, médecin prescripteur, IDE) ». Vous pouvez en faire une liste de contrôle simple à proposer lors de chaque changement : qui vérifie la compatibilité, qui s’assure de la forme galénique, comment l’information est transmise à l’équipe soignante.
Pour replacer ces questions dans un cadre plus général, les missions du médecin coordonnateur permettent de situer ce travail dans l’organisation de l’établissement. Un autre sujet de coordination médicamenteuse est traité dans l’article sur les classes médicamenteuses à réévaluer lors des vagues de chaleur ; vous pouvez le consulter pour voir ce qui recoupe votre organisation.
Le point de vigilance du week-end et de la rupture de stock
Le document de la HAS contient aussi un point de vigilance que vous pouvez relire à la lumière du contexte actuel : « Point de vigilance : le week-end (en dehors des horaires d’ouverture de l’officine), le risque de rupture de stock, la continuité des mêmes médicaments génériques. »
Transposé à votre établissement, vous pouvez en faire un sujet d’échange avec la pharmacie : comment sont gérées les délivrances en dehors des horaires d’ouverture, que se passe-t-il quand une présentation habituelle n’est pas disponible, et qui est prévenu. Vous pouvez aussi prévoir à l’avance qui décide, et selon quelle procédure, lorsqu’une substitution devient nécessaire un samedi ou un dimanche.
Questions à vous poser, en équipe
Pour passer de la lecture à l’organisation, voici quelques questions de coordination, formulées comme des pistes et non comme des obligations.
- Quels résidents ont aujourd’hui du furosémide en comprimés dans leur ordonnance, et à quelle échéance chaque ordonnance est-elle renouvelée ?
- Le renouvellement est-il l’occasion d’une réévaluation de la pertinence, avec une trace dans le dossier ?
- Qui informe les médecins traitants intervenant dans l’établissement de la situation d’approvisionnement ?
- Quelle est la procédure si la présentation habituelle est introuvable un jour où l’officine est fermée ?
- Quelles informations sont transmises aux soignants lorsqu’un traitement est modifié ?
Ces questions n’ont pas vocation à remplacer l’avis du prescripteur. Elles servent à préparer l’établissement à une discussion cadrée, de façon que la réévaluation et la continuité des soins ne reposent pas sur l’improvisation. Vous pouvez les adapter à votre organisation, les inscrire à l’ordre du jour d’une réunion d’équipe ou en faire un point de la prochaine rencontre avec la pharmacie.
Enfin, gardez à l’esprit que le texte de l’ANSM reste la référence sur la situation d’approvisionnement : consultez-le directement pour suivre les mises à jour, plutôt que de vous appuyer sur une synthèse, y compris celle-ci. Sur un autre sujet de vigilance médicamenteuse, vous pouvez lire l’article sur la vigilance autour des fluoropyrimidines.