La stratégie régionale de l’ARS Île-de-France comporte un volet consacré à l’accueil en EHPAD : offre de places, publics en situation de fragilité, dispositifs dédiés aux maladies neurodégénératives, accès aux soins. Cet article en présente les constats, les axes et les mesures, puis propose des questions de coordination médicale à vous poser dans votre établissement.
Les constats de l’ARS sur les résidents et la démographie
Les éléments présentés ici concernent la seule région Île-de-France : ils ne se transposent pas tels quels à d’autres territoires. La plaquette de la stratégie s’ouvre sur un état des lieux, que vous pouvez lire avec le regard de votre propre patientèle.
Sur le profil des résidents, le document indique : « Les résidents d’EHPAD présentent aujourd’hui des situations complexes, cumulant en moyenne huit pathologies, et 66 % d’entre eux sont touchés par une affection neuro évolutive. »
Côté démographie, la plaquette annonce : « D’ici 2030, le nombre de Franciliens âgés de plus de 75 ans augmentera de 18 %, et de 63 % à l’horizon 2050 ».
Les sections suivantes détaillent les mesures de la stratégie. Vous pouvez les confronter à la réalité de votre établissement : complexité des situations, troubles neuro-évolutifs, accès à une place.
Les axes de la stratégie et leur financement
L’ambition générale est formulée ainsi : « Doté d’une enveloppe dédiée de 100 millions d’euros, ce plan vise à anticiper les besoins de demain, à réduire les inégalités territoriales et à accompagner profondément la transformation du secteur médicosocial. » Pour situer ces enjeux de financement dans le cadre plus large du financement et de la tarification des EHPAD, vous pouvez vous reporter à notre dossier dédié.
Les formulations suivantes, reprises de l’ARS, intéressent plus particulièrement l’EHPAD.
- Un axe consacré à l’offre d’accueil : « Développer et diversifier l’offre d’accueil en EHPAD afin de rapprocher le taux d’équipement francilien de la moyenne nationale ».
- Un axe consacré aux publics fragiles : « Mieux accueillir en EHPAD les publics en situation de fragilité ».
- Une action de coordination des parcours, citée dans la plaquette : « Clarifier l’articulation des dispositifs de coordination de parcours (DAC, CPTS, CRT, filières gériatriques) ».
Pour l’offre d’accueil, la plaquette fixe un objectif de création de places : « Créer 1 820 places supplémentaires en EHPAD en veillant à la modularité de l’offre d’accueil ». Le détail de la programmation est donné dans les termes suivants : « 900 places sont d’ores-et-déjà inscrites en programmation pour un montant de 20,4 M€ sur la période 2026 – 2030. » et « 920 places supplémentaires sont à créer pour un montant de 21 M€, en coordination et cofinancement avec les Conseils départementaux. »
Le texte précise aussi l’orientation de cette offre : elle devra nécessairement être ouverte sur son environnement extérieur afin de prendre en compte le besoin croissant d’inclusion des résidents âgés. Il peut être utile d’en tenir compte dans votre projet d’établissement, notamment pour la place de l’équipe médicale dans les réflexions sur la modularité des accueils.
Accueillir les publics en situation de fragilité en EHPAD
Ce volet intéresse directement les équipes soignantes. Il se lit en deux temps : les personnes âgées présentant des troubles psychiatriques, puis les personnes issues de la grande précarité. Pour les premières, l’objectif affiché est le suivant : « Créer 16 unités spécialisées en EHPAD, deux par département, pour mieux accueillir et acompagner des personnes âgées atteintes de pathologies psychiatriques. » Un calendrier de financement est associé : « L’Agence régionale de santé Île-de-France lancera un appel à candidature dès mars 2026 pour un montant global de 4 M€. »
Pour les personnes issues de la grande précarité, la plaquette fixe cet objectif : « Créer 8 pôles spécialisés en EHPAD pour mieux accueillir et accompagner les personnes issues de la grande précarité avec notamment un parcours de rue antérieur. » Le financement prévu s’énonce ainsi : « L’Agence régionale de santé Île-de-France lancera un appel à candidature dès mars 2026 pour un montant global de 2 M€. »
Le document fournit un point de repère sur ce public déjà présent en établissement : « En 2022, 112 EHPAD franciliens déclaraient accueillir un total de 783 résidents précaires vieillissants. » Il ajoute : « Ces résidents précaires vieillissant ayant connu « un parcours de rue » représentaient 8% de l’ensemble des résidents. »
Ces profils posent des questions d’admission et d’éthique à l’égard du résident : critères d’accueil, projet de soins, respect du parcours de vie. Pour une équipe médicale d’EHPAD, ce sont autant de sujets de réflexion collective à anticiper avant d’éventuelles candidatures.
Dispositifs pour les maladies neurodégénératives, tiers-lieux et nuit
Sur les maladies neurodégénératives, la plaquette décrit l’existant : « La prise en charge en EHPAD de ce public repose notamment sur 260 Pôles d’Accueil et d’Activités adaptées (PASA) et 38 Unités d’Hébergement Renforcé (UHR) dont 27 en EHPAD et 11 en USLD ». La stratégie prévoit de la prolonger : « Poursuivre le déploiement pluriannuel de nouveaux Pôles d’Accueil et d’Activités adaptées (PASA) à destination de personnes âgées atteintes de maladies neurodégénératives. » L’appel à candidature associé est décrit ainsi : « L’Agence régionale de santé Île-de-France lancera dès mars 2026 un nouvel appel à candidature AAC pour le financement de 40 PASA pour un montant global de 3,5 M€. »
Pour comparer les pratiques de structuration d’un parcours PASA et UHR hors Île-de-France, vous pouvez consulter un autre article du site sur un parcours PASA et UHR dans une autre région. Pour le rôle de l’équipe médicale auprès des patients atteints de ces maladies, voir aussi notre article sur les maladies neurodégénératives et la coordination médicale.
Autre mesure annoncée, les tiers-lieux : « Créer 16 nouveaux tiers-lieux en EHPAD ». Pour leur investissement : « L’Agence régionale de santé Île-de-France soutiendra les coûts d’investissement par la mobilisation d’une enveloppe de 3 M€ dès 2026. »
Enfin, un volet concerne la nuit, avec cette orientation : « Généraliser les astreintes infirmières de nuit dans tous les EHPAD franciliens ».
Les premières réalisations annoncées par l’ARS
La page de l’ARS consacrée à la stratégie recense les mesures retenues. Elle indique : « En 2026, l’ARS Île-de-France mobilise 19 millions d’euros pour financer de premières mesures, notamment à travers une série d’appels à candidatures. » Parmi les mesures listées :
- « La création de 12 unités spécialisées en EHPAD pour l’accueil et l’accompagnement de résidents présentant des troubles psychiatriques » ;
- « La création de 3 pôles spécialisés en EHPAD pour mieux accueillir les personnes issues de la grande précarité, notamment celles ayant connu un parcours de rue » ;
- « L’ouverture prochaine de 68 nouveaux pôles d’activités et de soins adaptés (PASA) à destination de personnes âgées atteintes de maladies neurodégénératives, dont 19 PASA classiques et 49 PASA de soirée ou de nuit » ;
- « Le soutien à l’investissement pour la création de 17 tiers-lieux en EHPAD ».
La plaquette présente des objectifs de la stratégie, tandis que cette page recense les mesures retenues : il peut être utile de ne pas confondre les nombres issus de l’un et de l’autre document lorsque vous les citez en réunion ou dans un dossier.
Accès aux soins et filières gériatriques
Sur l’organisation de la gériatrie, la plaquette expose : « La région Île-de-France est structurée en 34 filières de soins gériatriques et comprend 55 équipes mobiles de gériatrie qui assurent chaque année 45 000 interventions en intrahospitalier et 17 000 en extrahospitalier ».
La question de l’articulation des dispositifs (DAC, CPTS, CRT, filières gériatriques) figure dans la stratégie. Pour approfondir un dispositif de ce type en région, consultez notre article sur le cahier des charges des CRT en Île-de-France.
Ce que vous pouvez préparer dans votre établissement
Les pistes suivantes sont des questions de pratique et non des obligations : elles vous aident à situer votre établissement au regard de la stratégie. Pour la dimension de gouvernance, le pilotage de la direction d’EHPAD offre un cadre de réflexion partagé entre direction et équipe médicale.
- Offre et candidatures : vous pouvez vous demander si votre établissement envisage de répondre à un appel à candidatures, et comment le projet de soins serait construit avec la direction.
- Publics fragiles : parmi vos résidents ou vos demandes d’admission, quels profils relèvent de troubles psychiatriques ou d’un parcours de rue ? Quels protocoles d’accueil et de suivi existent déjà ?
- Maladies neurodégénératives : comment s’organise aujourd’hui l’accès à un PASA ou à une UHR pour vos résidents, et avec quels partenaires ?
- Nuit : si des astreintes infirmières de nuit existent dans votre établissement, comment articuler les conduites à tenir médicales, les protocoles d’appel et la transmission des informations ?
- Filières et équipes mobiles : connaissez-vous la filière gériatrique et l’équipe mobile de votre territoire, et existe-t-il une convention ou un circuit de recours identifié ?
- Coordination de parcours : avez-vous cartographié vos interlocuteurs (DAC, CPTS, CRT, filière) pour savoir qui solliciter selon la situation ?
- Ouverture sur l’extérieur : si un tiers-lieu est envisagé, quelles questions de sécurité, de vie sociale et de suivi médical des résidents faut-il anticiper ?
Ces questions peuvent nourrir le projet d’établissement et les échanges avec la direction, l’équipe soignante et les partenaires du territoire.