Vaccination antigrippale en Ehpad : ce que mesure Santé publique France

Clinique & protocoles · Publié le · 7 min de lecture

Pour la saison 2024-2025, la publication de Santé publique France sur l’évolution des couvertures vaccinales antigrippales rapporte des couvertures de 24,2% pour les professionnels de santé exerçant en Ehpad (34,2% pour les infirmiers et 19,3% pour les aides-soignants). Elle décrit aussi les mesures de soutien à la campagne dans les établissements. Voici ce que vous pouvez en retenir, avec les limites de la méthode, en tant que médecin coordonnateur.

Ce que mesure la publication de Santé publique France

Nous avons déjà présenté l’avis de la HAS sur l’obligation vaccinale. Cet article prend un autre angle : ce que documente l’analyse de Santé publique France sur les couvertures vaccinales antigrippales, publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, et ce que vous pouvez en faire dans votre établissement. La publication abrège « couverture vaccinale » en « CV » ; nous reprenons cette abréviation.

Le point de repère est rappelé d’emblée par la publication : l’objectif fixé par la loi de santé publique de 2004 est d’atteindre une couverture vaccinale (CV) de 75% pour les personnes à risque de forme grave ainsi que les professionnels de santé. Cet objectif, précise-t-elle, n’a été atteint que pour les résidents en Ehpad et les médecins y exerçant lors des saisons 2018-2019 et 2021-2022.

Pour la saison 2024-2025, les CV les plus élevées étaient observées pour les résidents en Ehpad ; la publication cite ensuite les médecins y exerçant (56,3% [48,5-64,2]). Les valeurs entre crochets sont les intervalles de confiance. Ces chiffres sont nationaux : ils décrivent des tendances d’ensemble et ne se transposent pas tels quels à votre établissement.

Une baisse depuis la pandémie, inégale selon les métiers

La publication relève ensuite que les CV chez les résidents en Ehpad qui étaient très élevées et supérieures à 90% en 2007-2008 et en 2020-2021 ont diminué et sont, depuis la saison 2023-2024, inférieures à 85%. Une réserve de méthode, exposée plus bas, s’applique à l’une des saisons citées.

Chez les professionnels, la baisse est documentée elle aussi, d’après la publication. Tous professionnels d’Ehpad confondus, la CV a baissé significativement entre 2017-2018, dernière saison précédant l’émergence de la Covid-19, et 2024-2025 : elle passe de 31,9% à 24,2%.

Les couvertures diffèrent selon les métiers. Pour la saison 2024-2025, la publication rapporte, chez les professionnels de santé exerçant en Ehpad, 34,2% pour les infirmiers et 19,3% pour les aides-soignants. Pour les médecins d’Ehpad, la CV a fortement progressé entre 2007-2008 et 2018-2019 (de 60,4% à 75,0%), puis a diminué dans les années qui ont suivi la pandémie. Quant aux infirmiers et aux aides-soignants, la CV a diminué sur l’ensemble de la période.

La publication chiffre aussi la distance entre médecins et aides-soignants : dans les Ehpad, la différence de CV entre les médecins et les aides-soignants était de 27 points en 2007-2008 et de 49 points en 2018-2019.

Les mesures de soutien associées à de meilleures couvertures

L’analyse s’intéresse aussi aux établissements eux-mêmes. Chez les professionnels exerçant en Ehpad pour la saison 2018-2019, les CV étaient significativement plus élevées dans les établissements privés que dans les publics (p<0,001), dans les structures de petite taille (moins de 100 lits) que dans les grandes (p<0,001).

Les CV étaient également plus élevées, poursuit la publication, lorsque des mesures étaient mises en place pour soutenir la campagne de vaccination des professionnels. Parmi les mesures étudiées, la publication rapporte les gains de CV suivants :

  • vaccination gratuite proposée au sein de l’établissement (gain de CV : +43%, p<0,005) ;
  • organisation de formations individuelles (+55%, p<0,01) ou collectives (+27%, p<0,005) ;
  • lorsqu’un référent vaccination (une personne susceptible d’apporter des informations fiables sur la vaccination) était nommé au sein de la structure (+69%, p<0,001) ;
  • lorsque la campagne était soutenue par le directeur, le médecin ou l’infirmier coordonnateur (+25%, p<0,05).

Ces gains sont des associations statistiques mesurées pour la saison 2018-2019 chez les professionnels d’Ehpad, non des effets démontrés : ils ne constituent pas une promesse de gain pour un établissement donné.

Un soutien à la campagne moins fréquent dans les Ehpad

En 2023-2024 et 2024-2025, les mesures de soutien de la campagne de la vaccination étaient moins fréquemment mises en place en Ehpad que lors de la saison 2018-2019, relève la publication. Pour le seul soutien du directeur, du médecin ou de l’infirmier coordonnateur, elle chiffre : en 2024-2025, la campagne était soutenue par le directeur, le médecin ou l’infirmier coordonnateur dans 52% [50-54] des Ehpad vs 89% [86-92] en 2018-2019 ; à propos de ces mesures de soutien, elle relève que lorsqu’elles étaient mises en place, le gain de CV observé était inférieur.

Ces constats sont à lire côte à côte, mais il serait abusif d’en déduire un lien de cause à effet avec la baisse des couvertures : il s’agit d’associations statistiques.

Des limites de méthode à garder en tête

La publication décrit la taille des enquêtes auprès des résidents : elles ont inclus de 268 Ehpad en 2020-2021 (29 744 résidents compris) à 2 503 en 2024-2025 (203 736 résidents comptés). Elle invite elle-même à la prudence. Les données des CV de la saison 2020-2021 en Ehpad en France sont cependant à prendre avec précaution, en raison du faible nombre d’établissements ayant participé aux études.

Par ailleurs, Santé publique France mène des études de couverture vaccinale dans les établissements sociaux et médico-sociaux, dont l’objectif est d’estimer les couvertures vaccinales contre la grippe et contre la Covid-19 des résidents et des professionnels des ESMS pour la saison 2025-2026.

Le contexte de l’obligation vaccinale

La publication rappelle le contexte réglementaire. Le 5 décembre 2025, l’Assemblée nationale a validé, dans le cadre du vote du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2026, l’obligation de vaccination contre la grippe. Elle était prévue pour les personnels des ES et ESMS, ainsi que pour certains professionnels libéraux, et pour les résidents des Ehpad, sous condition d’un avis favorable de la HAS.

Pour la position de la HAS sur l’obligation vaccinale, reportez-vous à la page de la HAS consacrée à cette question et à notre article cité en introduction. Notre propos porte sur les couvertures observées, non sur les modalités d’application d’une obligation.

Ce que vous pouvez en tirer comme médecin coordonnateur

Les conclusions de la publication ouvrent des pistes, à adapter à votre établissement, sans garantie de résultat. Selon cette conclusion, il apparaît nécessaire de renforcer les actions visant à accompagner les campagnes de vaccination dans les Ehpad ou les ES telles que l’organisation de vaccination gratuite au sein de ces lieux, de formations individuelles ou collectives, la nomination de référents vaccination dans les services. Quelques pistes en découlent :

  • faire le point avec la direction sur la nomination d’un référent vaccination, et sur le rôle que vous pouvez y tenir dans le cadre des missions du médecin coordonnateur ;
  • examiner avec l’équipe soignante des temps de formation, individuels ou collectifs, en gardant en tête les écarts entre métiers rapportés plus haut ;
  • discuter avec la direction et, si l’établissement en dispose, avec sa pharmacie à usage intérieur d’une vaccination proposée sur place et gratuite pour les professionnels : nous avons déjà présenté le kit régional de vaccination hivernale et l’appui des centres de vaccination habilités ;
  • manifester, avec la direction et l’infirmier coordonnateur, votre soutien à la campagne, l’une des mesures de soutien décrites plus haut ;
  • suivre localement la couverture de votre établissement, par catégorie de personnel, puisque les chiffres nationaux ne se transposent pas tels quels : notre page consacrée aux protocoles et risques gériatriques peut servir de point d’appui à cette démarche.

Ces pistes s’inspirent de la conclusion de la publication et des mesures qu’elle étudie. Les gains rapportés, mesurés pour la saison 2018-2019, sont des associations statistiques : ils ne permettent pas d’annoncer un effet dans un établissement donné.

Sources officielles