Grippe en établissements médico-sociaux : ce que dit le bilan de la saison

Clinique & protocoles · Publié le · 8 min de lecture

Le bilan de l’épidémie de grippe présenté dans le BEH de Santé publique France comporte un volet sur les établissements médico-sociaux. Cet article en reprend les chiffres avec leur périmètre exact, la place des Ehpad et un document plus ancien sur le signalement des infections respiratoires aiguës. Il se termine par quelques questions ouvertes pour votre établissement.

Le dispositif de surveillance et les épisodes signalés

Le bilan s’appuie sur plusieurs sources de surveillance. Le volet qui nous retient ici est celui des établissements médico-sociaux (EMS), c’est-à-dire des structures qui accueillent notamment des personnes âgées. Dans le bilan du BEH, ce volet est présenté ainsi : « La surveillance est complétée par les données des épisodes d’IRA provenant des établissements médico-sociaux (EMS), dont les collectivités de personnes âgées. ».

Le texte situe cette surveillance dans un cadre plus large : « Santé publique France a mis en place à partir de la saison 2023-2024, en lien avec ses partenaires, une surveillance intégrée des IRA incluant la grippe, la Covid-19 et la bronchiolite ». Pour les EMS, il décrit un circuit de signalement commun : « Un circuit de déclaration unique des épisodes de cas groupés d’IRA dans les EMS, incluant les épisodes liés à la grippe, à la Covid-19 et à une infection par le VRS, a été mis en place depuis juin 2023 ». Pour les modalités pratiques de déclaration, ce sont les consignes officielles en vigueur qui font foi ; cet article ne les détaille pas.

Voici les chiffres de la saison, qui portent sur l’ensemble des EMS. Pour la période de surveillance, le texte indique : « Durant la période de surveillance de la grippe (S40-2025 à S15-2026), 3 346 épisodes d’IRA ont été signalés par des EMS. » Il poursuit : « Parmi eux, 1 596 (48%) épisodes étaient attribués à la grippe, seule étiologie identifiée dans 72% des cas et en co-infection dans 28% des cas. »

Le bilan situe aussi ces épisodes dans le temps et selon le lieu : « Une grande majorité de ces épisodes est survenue pendant la période épidémique (86%) et en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) (91%). » Les totaux cités plus haut concernent l’ensemble des EMS, collectivités de personnes âgées comprises ; seul le second pourcentage de cette phrase se rapporte aux Ehpad. Il peut être utile de s’en tenir à cette distinction quand vous reprenez ces chiffres dans un document interne ou lors d’une réunion d’équipe.

Le texte compare ensuite avec les saisons précédentes, dans une phrase que nous citons telle quelle, sans préciser au-delà de ce qu’elle dit : « Cette valeur est inférieure à celle recensée en 2024-2025 (2 066), mais nettement supérieure à celle de 2023-2024 (799). »

Pour le moment où les signalements ont été les plus nombreux, le texte indique : « Le pic des signalements d’épisodes de cas groupés attribués à la grippe a été atteint en S01-2026, avec 278 épisodes (vs 328 au pic de 2024-2025 et 94 en 2023-2024) ». Nous ne rattachons pas ce chiffre de pic aux seuls Ehpad.

Une épidémie atypique, entre ville, hôpital et établissements

Le bilan insiste sur le caractère inhabituel de la saison. Il écrit : « L’épidémie de grippe 2025-2026 a été marquée par une discordance inhabituelle entre son impact en médecine de ville et celui observé à l’hôpital, en EMS, et en termes de mortalité. » Il précise cet écart : « Cet impact est resté faible à modéré en ville, avec environ 1,7% de la population générale touchée. En revanche, il a été élevé à l’hôpital et en EMS. »

Le texte résume également la saison de cette manière : « Cette épidémie se distingue par une intensité plus marquée à l’hôpital et en EMS qu’en médecine de ville, ainsi que par un impact significatif en termes de mortalité. ». À propos de l’échelle d’intensité, il conclut : « Au total, elle fait partie des épidémies les plus intenses depuis la dernière pandémie grippale en 2009. »

Sur le calendrier, le texte indique : « L’épidémie de grippe a démarré début décembre (S49-2025), elle a rapidement atteint son pic d’activité en ville fin décembre (S51-2025) et s’est terminée début février (S06-2026), soit une durée de 10 semaines. ». Du côté hospitalier, il donne ce repère : « Parmi les passages aux urgences pour grippe/syndrome grippal, 21% (23 989) ont conduit à une hospitalisation. »

Pour les EMS, la comparaison avec les saisons antérieures est encadrée par la source, qui précise : « Pour les données issues de la surveillance des cas graves en réanimation et des signalements de cas groupés d’IRA en établissements médico-sociaux (EMS), la comparaison se limite aux saisons 2023-2024 et 2024-2025, durant lesquelles les données ont été collectées de façon identique. » Dans sa synthèse, le texte mentionne pour ces établissements : « Elle a également eu un fort impact en EMS (environ 1 600 signalements de cas groupés de grippe) et en termes de surmortalité (environ 12 140 décès, toutes causes confondues). ». Avant de rapprocher cette saison des précédentes, vous pouvez relire ce cadre de comparaison.

Décès, surmortalité et limites de lecture

Le bilan fournit une répartition des lieux de signalement des décès avec mention de grippe : « Les décès avec mention de grippe comme cause du décès ont été très majoritairement signalés par des établissements de santé (74%) et dans une moindre mesure par des Ehpad (22%). » Cette série est citée à part : elle ne s’additionne pas avec les épisodes signalés par les EMS et nous ne la lisons pas comme un décompte des décès survenus en EMS.

Sur la mortalité toutes causes, le texte avance : « Au total, l’estimation de la surmortalité toutes causes, extrapolée à l’échelle nationale pendant les 10 semaines de l’épidémie, était d’environ 12 140 décès. » Il ajoute : « Les décès toutes causes en excès survenus au cours de l’épidémie de grippe 2025-2026 concernaient pour 90% des cas des personnes âgées de 65 ans et plus. »

Le texte prend lui-même des précautions de lecture. Il indique : « Tous les décès en excès survenus durant la période épidémique ne sont pas in fine attribuables à l’infection par un virus grippal. ». Il formule aussi la précision suivante : « la surmortalité mesurée au cours de l’épidémie de grippe n’est pas spécifique de la grippe ». Cette surmortalité est donc à citer comme une surmortalité toutes causes, et non comme un nombre de décès dus à la grippe.

À propos du dispositif de signalement des EMS, la source note : « Ce dispositif de surveillance n’est pas exhaustif et la participation des EMS est variable d’une année à l’autre. » Il peut être utile de garder cette limite en tête avant d’interpréter une évolution d’une saison à l’autre dans votre territoire.

Sur la prévention, le texte cite des mesures, parmi lesquelles : « la généralisation des gestes barrières, l’optimisation du recours à la vaccination, y compris dans l’entourage des personnes à risque, l’amélioration de la qualité de l’air dans les collectivités et espaces partagés ». La phrase se poursuit par des exemples de lieux, non repris ici.

Un cadrage plus ancien et régional sur le signalement

Le second document de Santé publique France, accessible sur le site de l’agence, est un travail de portée régionale, consacré aux Pays de la Loire. Il ne décrit pas la saison récente et ne remplace pas le circuit actuel décrit dans le BEH. Il fournit un cadrage plus ancien sur la gestion et le signalement des épisodes d’IRA en Ehpad.

Le texte énonce d’emblée : « Les épidémies d’infections respiratoires aiguës (IRA) survenant dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) sont favorisées par le terrain fragile des résidents et par le risque accru de transmission en collectivité. » Il rappelle un repère national : « En 2012, des recommandations nationales sur la conduite à tenir devant des cas groupés d’IRA dans les collectivités de personnes âgées ont été émises par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) »

Sur le dispositif régional lui-même, le document indique : « Un dispositif de surveillance et de signalement des épidémies d’infections respiratoires aiguës (IRA) a été proposé en 2010 à l’ensemble des établissements d’hébergement pour personnes âgées (Ehpad) des Pays de la Loire » Parmi ses constats sur le fonctionnement de ce dispositif, on peut citer : « La proportion d’épisodes clôturés était également élevée, autour de 90% chaque saison. » Il note aussi : « L’utilisation de courbes épidémiques pour identifier et suivre les épidémies s’est fortement améliorée, pour atteindre 91% des foyers signalés par les Ehpad. » Et il relève : « La proportion de foyers d’IRA ayant bénéficié d’une recherche étiologique n’a pas progressé au fil des saisons et concernait moins d’un quart des épisodes. »

Ces résultats valent pour un dispositif régional et pour les établissements qui y participaient. Le BEH et le document régional ne mesurent pas la même chose, ce qui invite à ne pas rapprocher leurs pourcentages.

Quelques questions pour votre établissement

Les questions qui suivent sont les nôtres : ce ne sont pas des constats du bilan ni du document régional.

  • Comment les épisodes de cas groupés sont-ils repérés dans votre établissement, et qui en tient le fil dans l’équipe ?
  • Le circuit de déclaration est-il connu de tous les professionnels, y compris des remplaçants et des intervenants extérieurs ?
  • Les informations sur les épisodes de la saison sont-elles conservées de façon à pouvoir être relues en fin de saison ?
  • Quels points souhaiteriez-vous aborder en réunion pour préparer la prochaine saison hivernale ?

Pour poursuivre sur des thèmes voisins, le site propose des repères que nous ne présentons pas comme des suites du bilan : les protocoles sur les risques gériatriques, une page sur les missions du médecin coordonnateur, ainsi que trois articles de l’actualité du site, Consommation d'antibiotiques en Ehpad : ce que révèle la surveillance Spares, EHPAD : le nouveau kit de vaccination hivernale de l'ARS Île-de-France et Vaccination antigrippale en Ehpad : ce que mesure Santé publique France.

Sources officielles